samedi 11 mars 2017

Intermezzo sicilien, mon billet dans le magazine 95° - Printemps 2017



En quittant l’aéroport de Palerme, on longe encore la mer,  et puis la route s’enfonce un peu plus dans les terres ; le paysage devient très aride, presque désertique par endroits ; quelques touffes d’herbes sèches, grillées de soleil, tentent de s’imposer au milieu des cailloux.  De temps en temps, le regard accroche une maison sans toit, aux fenêtres béantes. Il fait chaud comme en septembre, c’est à dire, sans la torpeur du plein été.

Même si Agrigente et la splendeur de ses temples ne sont pas très loin, cette partie de la province du même nom reste quelque peu préservée du tourisme, et je m’en réjouis. La voiture file vers le Verdura Resort, enclave côtière, près de la petite ville de Sciaccia, ancienne station balnéaire découverte par les Grecs. Dans la cour de son Hôtel de Ville, qui fut autrefois un couvent, devant les colonnes sombres, un peu austères et les murs aux stucs rongés par les ans, comment ne pas penser à Giuseppe Tomasi, prince di Lampedusa, qui avait une maison dans la région : je me prends à rêver aux charmes aristocratiques surannés de son Guépard et la poésie des noms de lieux fait le reste… Donnafugata indique un panneau – une femme amoureuse qui aurait fugué…

Le Verdura Resort est une oasis aux couleurs mauresques le long d’une plage tourmentée par des vagues vert jade, des palmiers qui se cabrent contre le vent  et des champs d’oliviers à perte de vue. Son luxe est celui de l’authenticité : celle des matières naturelles, bois, lin, céramiques, et surtout des produits de sa cuisine, magnifiés entre autres, par le chef sicilien, de renommée internationale, Gianluca Interrante.

Il aime parler de sa terre, tout en préparant devant des invités conquis d’avance, des busiate à la Norma : Gianluca explique que c’est le dramaturge du début du XXème siècle, Nino Martoglio qui aurait comparé ce plat à la perfection de l’opéra éponyme de Bellini, en s’écriant : è la Norma ! Les aubergines, le légume sicilien par excellence, dodues, brillantes, dorent dans la poêle avec les tomates, gorgées de soleil, – émiettées à la main pour en préserver le goût - le basilic, l’ail. Il mélange ensuite le tout aux busiate, ces petits cylindres de blé dur tressés, originaires de Trapani, qui existaient déjà au XVème siècle. Au moment de servir bien chaud, surtout ne pas oublier la ricotta !

C’est encore la ricotta qui jouera  les premiers rôles au dessert,  dans la cassate, parée de fruits confits et de pâte d’amandes verte - mais avant de nous laisser devant ce bijou sucré, Gianluca nous livre,  au passage, un secret aussi simple que succulent : il fait chauffer jus d’orange et huile d’olive, deux produits locaux sublimés, en remuant doucement : leur réduction émulsionnée donne un sirop doré, inattendu et délicieux sur quelques haricots verts tièdes (cuits à la vapeur ?) du potager de l’hôtel.


Et la caponata, cette préparation à base de câpres ? Chaque famille s’enorgueillit d’avoir la nonna qui en détient la meilleure recette,  comme chez nous,  la ratatouille. Une de mes préférées est  celle du restaurant familial Mates, niché dans le dédale des ruelles du petit village haut-perché de Caltabellotta. Mais ceci est une autre histoire…

95° - Printemps 2017



dimanche 22 janvier 2017

Sourires et technologie ou ce qui compte vraiment...

Paris:Four Seasons George V, fleuri par Jeff Leatham
Le monde des hôtels de luxe fait rêver même les plus blasés. Une fois passées les imposantes portes, les bruits de la rue s’estompent, on pénètre dans un univers souvent hors du commun, un lieu à la fois clos et ouvert sur le monde,  cosmopolite ! 

J’aime observer le manège des clients et du personnel, dans les lobbies, ces écrins de designers qui rivalisent de bouquets de fleurs spectaculaires ou de sculptures étonnantes. Pour moi, le hall d’un hôtel est une scène de théâtre, chaque nouvel arrivant semble endosser un rôle, plus ou moins consciemment : il y a ceux qui redressent la tête, et les timides qui la baissent en pressant le pas.  Avant, on « descendait »  dans un palace , expression surannée qui laisse bien imaginer le décorum qui entourait une arrivée à Hyères, première station balnéaire de la Côte d’Azur, ou sur les rivages des lacs italiens et suisses, les Berlines, l’amoncellement de malles siglées, le tourisme sans réservations en ligne ni Tripadvisor.

Aujourd’hui la technologie nous accueille dès la réception : des systèmes informatiques sophistiqués nous reconnaissent et gardent en mémoire nos vins préférés et notre journal du matin. Dans les chambres,  on trouve, de plus en plus souvent, des tablettes digitales régissant à la fois les éclairages, les rideaux, mais aussi le service en chambre - il suffit de choisir ce que l’on veut manger et à quelle heure, en quelques pressions de l’index – ainsi que de nombreux services à l’intérieur comme à l’extérieur de l’hôtel.

Ce ne sont pourtant pas les prouesses technologiques que je retiens le plus de ces séjours, mais, par exemple, ce plan de Séoul marqué de traits de feutres multicolores et de post it,  que m’avait préparé spécialement la jeune concierge de mon hôtel. Je garde les sourires, les regards – on enseigne dans les écoles hôtelières l’importance de regarder son interlocuteur dans les yeux -, les bonjours de chaque employé croisé au détour d’un couloir, la courtoisie partout présente. C’est surtout cela qui fait que l’on se sent bien lorsque l’on ressort d’un tel environnement, encore chargé de ces ondes positives.

Le vrai luxe, ne serait-il pas, avant tout, cette chaleur humaine qui passe d’abord par le sourire, la distance la plus courte entre les gens, pour reprendre ce vieux slogan génial d’Austrian Airlines ? Et surtout cette attention envers l’autre, ce portier qui remarque ma toux et qui revient avec non seulement ma valise mais aussi une petite bouteille d’eau ?

Une écoute attentive, n’a pas besoin du cadre exclusif d’un palace pour réchauffer les cœurs. Ce luxe est gratuit, nous ne devrions jamais nous en priver et l’offrir sans compter à nos proches, et aussi aux autres; sur le trottoir, en souriant à un SDF qui demande autant – voire plus - notre considération que nos quelques euros. Croiser les regards de ceux qui n’ont aucun endroit où «  descendre », leur parler. Hélas, nous ne pouvons pas prendre sous notre aile chaque famille qui grelotte sur les trottoirs glacés de nos villes: la tâche est immense, collective ! Mais à titre individuel, nous avons tous cette capacité de regarder l’être, au-delà du paraître, d’offrir la considération qui va droit au coeur et d’oublier un peu la technologie, en levant les yeux de nos portables pour voir ceux qui nous entourent. Nous en serons nous-mêmes gratifiés. 

samedi 14 janvier 2017

Premier " Billet de Régine" ... dans le magazine 95°

Ecrire un billet?  Un billet d’humeur ? Carte blanche pour page blanche ? Trop tentant pour refuser cette fenêtre ouverte à de nouveaux lecteurs, moi qui écris des romans pour partager !

J’ai envie de décrire des impressions de lieux, de pays, de paysages… Raconter des découvertes gustatives, des rencontres inattendues, des observations cueillies à la volée.

Je voyage beaucoup, mais je continue de tourner la tête dans tous les sens, comme font les enfants, pour regarder ce qui m’entoure.

L’été, j’aime les champs qui défilent  de chaque côté du train, les balles de foin, les arcs en ciel que les jets d’arrosage laissent dans leur sillage. Même sur un trajet que je connais par cœur comme celui entre Paris  et le Midi, je découvre toujours un détail nouveau, au gré des saisons, de la lumière, du rythme de la musique que j’écoute : un château posé sur une colline, un clocher à demi-caché, un chemin de campagne apparu dans la courbe du train et qui disparaît à jamais derrière un bosquet : je me promets de le retrouver un jour, en voiture, de le suivre jusqu’au bout pour savoir s’il conduit à une fraîche bastide ou peut-être à une simple clairière…

En vol aussi, mon imagination s‘enflamme lorsque sur l’écran s’affiche la trajectoire de l’avion qui survole des étendues sur lesquelles mes pas  ne laisseront jamais d’empreintes: la neige immaculée de Terre-Neuve, la Sibérie, le désert de Gobi… Les océans les plus profonds, les sommets les plus hauts !

Je voudrais raconter les villes, les cafés qui interpellent, comme celui d’une ruelle commerçante de Séoul qui sert des desserts délicieux appelés «  flocons de neige ».

Décrire la nature qui se fait une (petite) place dans les espaces urbains, là où l’on ne l’attend pas ;  par exemple, sur les toits de l’hôtel Barbizon Palace, proche de la gare centrale d’Amsterdam,  sur lequel poussent des tomates, des herbes et autres légumes que l’on retrouvera sur la carte de leur restaurant. Ou sur celui du St Ermin’s : cet hôtel londonien, voisin de la résidence de Churchill,  n’est pas  seulement le lieu où se réunissaient les agents secrets pendant la seconde guerre mondiale: son toit abrite quelques ruches dont les abeilles produisent un miel qui a une curieuse particularité: en effet, son analyse a montré des résidus de pollen provenant de plantes exotiques – en plein milieu de St James ! Pas besoin de l’intervention du célèbre détective, Hercule Poirot,  pour dénouer ce mystère pourtant, il suffit de regarder un plan du quartier: le Palais de Buckingham est situé à seulement quelques coups d’ailes – et dans les jardins de Sa Majesté sont cultivées nombreuses espèces rares et lointaines : un vrai miel royal, donc !

J’espère que mes notes de nomade trouveront un écho, et qui sait, provoqueront des réactions, un dialogue même – hors champ.

Alors, à très vite, rendez-vous pris !


Il n'est pas trop tard pour vous souhaiter....UNE BELLE ANNEE!





... Alors, voici du gui, pour les baisers, et une flamme, pour l'espoir!!!


Que 2017 voit la réalisation de vos voeux les plus fous, car on ne vit qu'une fois!