mercredi 25 novembre 2015

Véronique, Ludovic, Matthieu et les autres...

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Il fallait plus d'une semaine, pour tenter de réaliser l'irréalisable. Il faudra, en fait, bien davantage, c'est évident.

Après le manque de mots, il y a le besoin d'écrire.

Avec comme beaucoup d'entre nous, ces prénoms dans la tête, Véronique, Ludovic, Matthieu, Marie, Romain, Thomas, Nathalie, Lola, Gilles, Grégory, Pierre, Aurélie, Halima, Justine, Houda, et tous les autres, la liste est si vertigineusement longue.

Leurs prénoms en boucle, et leurs photos, leurs sourires des beaux jours qui défilent sur les écrans et les pages de nos journaux. Et dans nos nuits blanches.

Ce sont les amis, les enfants que l'on avait ou aurait pu avoir.

Leur diversité nous interpelle, c'est celle qui caractérise les spectateurs d'un match de foot ou d'un concert:  un métissage d'individus qui échangent des regards complices, des acclamations pour un but tiré in extremis, quelques pas de danse au rythme d'un orchestre, des applaudissements pour une équipe, des musiciens, une passion partagée. Un moment rare où l'on prend le temps, dans nos quotidiens individuels et trop bousculés, d'être à l'unisson, de se lever " comme un seul homme".

J'ai souvent éprouvé un frisson de chair de poule, au milieu d'une telle foule, en ressentant l'émotion d'un bref instant de communion laïque, cet "ensemble, c'est tout", comme dirait Anna Gavalda, que nous procurent la musique ou le sport.

Ce sinistre vendredi 13 a frappé des hommes et des femmes qui s'étaient réjouis, peut-être longtemps à l'avance, de cette date qui allait leur être fatale; qu'ils l'avaient entourée dans leur agenda, rendez-vous au Bataclan, au Stade de France, on y sera, promis!

Ou bien spontanément, pour prolonger une conversation, pour commencer le week-end, viens, on va prendre un verre avant de rentrer, l'air du soir est exceptionnellement doux pour un mois de Novembre... Cette " convivialité" encore, au sens premier du terme, que l'on célèbre, sans vraiment la nommer, dans les bistrots parisiens, ces lieux de petits rites (...) privilégiés pour éprouver, vivre et ressourcer la relation sociale. L'anthropologue Marc Augé souligne d'ailleurs que Paris est sans doute la seule ville au monde qui offre des possibilités innombrables, où que l'on soit, de s'asseoir pour prendre un verre. 

J'ai reçu des messages, certains de contacts un peu perdus de vue, qui voulaient savoir si j'étais à Paris, qui s'inquiétaient; soulagés d'apprendre que même si mon père et plusieurs personnes très chères à mon coeur étaient passés tout près de ces lieux de drames, ils allaient bien.

Soulagement, certes immense, mais qui, hélas, ne doit pas nous faire oublier que nous sommes tous concernés par les victimes de cette barbarie: comme la maladie devient plus tangible lorsqu'elle frappe un de nos proches, le danger devient plus palpable lorsqu'il s'attaque à notre Paris. Mais cela nous ramène immanquablement aux autres morts, à toutes les victimes dans des pays pas si lointains, qui subissent et trop souvent succombent à la violence de cette terreur organisée.

Notre chagrin et notre résistance se doivent collectifs, pour lutter globalement, ensemble encore, et empêcher que cette folie annoncée ne devienne ordinaire.

Comme le faisait remarquer un commentateur à la radio, le courage n'exclut pas la peur, et j'ajouterais, ni le goût de vivre. Contre ceux pour lesquels elle ne compte pas, nous nous devons d'aimer encore plus la vie.  Je suis en train de lire le dernier ouvrage de Philippe Delerm : ses " belles raisons d'habiter sur terre" prennent une résonance particulière en ces jours de deuil.

La vie continue, comme le disent admirablement des parents de victimes du 13 novembre. Rien n'est  exactement pareil, pourtant.

Paris sera-t-il toujours Paris? Oui, Paris sera toujours Paris, mais comme l'a écrit Murakami au début de son roman  "1Q84",  ce que l'Histoire enseigne de plus important aux hommes pourrait se formuler ainsi: " A l'époque, personne ne savait ce qui allait arriver".

Soyons vigilants!
Et vive la vie!




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