mercredi 26 juin 2013

A... comme Arbouse

Jusque-là, les arbouses c'étaient les boules orangées cueillies sur des arbustes du maquis provençal, que je goûtais, petite, en allant me promener en famille, le dimanche après-midi, du côté de la Chartreuse de la Verne... Pas spécialement bonnes, un peu farineuses, avec des petites crêtes, comme une " chair de poule".

Ici, en Chine, elles sont très rouges, très charnues et juteuses, presque comme des cerises, plus ou moins grosses ou sucrées.

On les trouve chez les petits marchands, en pyramides agrémentées de deux ou trois feuilles sur leur sommet. Ou dans des paniers, comme sur cette photo, prise à Shanghai. Il y a aussi des paysannes qui les portent sur deux plateaux reliés par une tige de bambou, savamment tenus en équilibre sur une épaule, avant de s'assoir pour les vendre au coin d'un trottoir. Les gens s'arrêtent, goûtent, parlementent, et repartent avec quelques perles rouges dans un sachet.

Les fruits de saison s'achètent dans la rue, selon les arrivages des campagnes, arbouses, gros lychees, petites mangues, cerises, abricots... toujours bien présentés, agréables à l'oeil, même sur l'étal le plus modeste.


Abécédaire " chinois"...

Panneau mural, Nanjing
Voici mon troisième abécédaire, que j'ai eu envie d'appeler "chinois" même s'il n'y a pas de lettres de l'alphabet dans cette langue, mais des sinogrammes, des idéogrammes, des caractères composés de clés et de radicaux, dont les traits  se tracent, et se calligraphient dans un sens conventionnel bien précis.

Chaque lettre de notre alphabet sera prétexte à mieux décliner et ranger mes impressions de Chine commencées dans l'article précédent.

Une manière d'emmener mes lecteurs en voyage...

A très vite!


samedi 8 juin 2013

Impressions chinoises (I)...

J'aime la pluie à Shanghai. On me demande d'écrire sur la Chine et je parle de la pluie. On file au bout du monde et on en revient au dénominateur commun, la pluie!

Par où commencer pour raconter la Chine, en tous cas, pour en décliner quelques impressions? On ne devient pas sinologue si vite, et c'est très intimidant de s'aventurer à dire des choses sur ce si grand pays, quelque peu déroutant! Je pense raconter une anecdote, et aussitôt mon jugement se trouve bousculé par une observation contraire, tant tout est affaire de contrastes ici.

Tandis que parler de la pluie... c'est rassurant, on est en terrain connu... encore que, la raison pour laquelle j'aime celle de Shanghai à cette saison, c'est parce qu'elle prend des allures tropicales; il fait chaud, elle tombe à grosses gouttes et les parcs si nombreux deviennent encore plus verts, les arbres gardent l'humidité, on pense à Duras, ou à des îles, plus au Sud, comme celle de Lamma, au large de Hong Kong... Rien à voir avec une averse drue et froide d'un mauvais jour de fin d'Octobre, porte de Clichy.

Il y a les fleurs aussi, partout... " Les fleurs riaient de toutes leurs couleurs", j'ai trouvé cette phrase, unique, comme toutes celles de Christian Bobin dans "l'homme-joie", dont j'ai achevé la lecture il y a quelques jours. Lire Bobin en Chine est aussi une impression intéressante. Une autre dimension.

Il y a une heure, je viens de rentrer d'une visite au Musée de Shanghai, un des plus importants musées d'art du pays, une belle muséographie, un lieu serein pour admirer des jades, des vases, des bronzes et la dentelle de la calligraphie délicate et mystérieuse. Bien sûr on se perd un peu dans la chronologie des dynasties Tang, Ming, Qing et Song mais on suit la route de la soie à travers les monnaies, et on traîne volontiers devant de merveilleux dragons sculptés. J'ai ce musée en forme de gros chaudron devant les yeux, chaque jour, depuis mes fenêtres, et je n'y suis allée qu'aujourd'hui... Les musées, c'est pour après, quand on a le luxe d'attendre... Il faut d'abord s'imprégner d'un lieu et de sa vie. Je donne la priorité à mon marchand de mangues et d'arbouses, celui qui me sourit et me salue quand je passe, même les jours où je ne lui achète rien. Il est plus important qu'un soldat d'argile. Il y a aussi ceux qui entretiennent les braises des hot pots, à même le trottoir et ceux qui proposent du pur jus de canne à sucre, pressé à la demande. Et puis tous les chauffeurs des taxis que l'on prend à la volée, et qui se faufilent de manière parfois un peu hasardeuse dans la circulation orchestrée par les coups de klaxons, grande mêlée de piétons, vélos, triporteurs, Vespas et voitures! Tous ces gens sont "ma" Chine au quotidien. Comme les jeunes filles rieuses qui savent si bien parer les mains et les pieds de laques de toutes les couleurs... comme les fleurs, encore! Je me laisse faire, j'observe, on me sert de l'eau tiède, une sorte de crème de céréales, ni sucrée ni salée, je goûte, j'aime, je me détends sans même avoir à faire la conversation!

J'aime aussi quand le soir tombe sur les entrelacs de voies rapides, quand les ponts routiers s'éclairent de bleu, quand les buildings s'ourlent de lumières. Sans parler des gratte-ciels de Pudong, de l'autre côté du célèbre Bund, qui se transforment en grande carte postale en technicolor. Pourtant, plus tard, tout s'éteint, contrairement aux Etats-Unis; les bureaux ne gaspillent pas l'éclairage toute la nuit. Pareil pour les grandes marques de luxe qui font leur cinéma à coups d'écrans géants sur leurs façades - autre contraste à quelques mètres des dédales de petites maisons basses des années vingt ou trente.

J'ai un joli carnet beige - d'ici -, je voulais en faire un sketch-book, coller, esquisser, commenter... J'y entasse des reçus, des cartes de restaurants, des noms de lieux. Je n'ai pas envie de classer. Là aussi, il faut attendre. Plutôt sortir, bouger, observer de la fenêtre du salon ou de celle de la voiture.

Et puis écrire, plus tard. Même mon prochain roman, que j'ai commencé à rédiger, s'en trouvera influencé, c'est certain. Une saveur, un parfum, une lumière de soir qui tombe.

Au fait,  quand la pluie s'arrête, j'aime Shanghai aussi.

(à suivre....)