lundi 13 août 2012

Impressions contrastées...

Il y a quelques jours, à un carrefour, on a ouvert ma portière de passagère et on m'a volé mon sac, posé à plat sur mes genoux. Je devrais dire "arraché" mon sac des mains, car lorsque j'ai senti qu'on me le prenait, je l'ai instinctivement agrippé jusqu'à me faire saigner les doigts...

Nul besoin de s'étaler sur le lieu ou le profil des deux individus qui en scooter ont voulu faire comme à la télé, de minables voyous à la petite semaine... Et loin de moi, l'envie de commencer une conversation de bistrot du commerce sur la violence des temps qui courent... Malheureusement, depuis l'Antiquité d'Homère en passant par la Cour des Miracles de Louis XIV, et jusqu'à nos jours,  il y a toujours eu des voleurs qui s'enfuient, à pied, à cheval ou en moto.

Je désire plutôt partager quelques impressions contrastées autour de cet incident.

J'ai constaté encore une fois - et de façon presque inquiétante -  combien la mémoire est sélective ou plutôt comment elle se fragmente pour ne retenir que quelques détails: ma pochette, le réflexe de ne pas la laisser à mon agresseur, dont je ne me rappelle rien, à part un casque... Quelques secondes trop longues et la pochette qui s'éloigne, au ralenti, tandis que mon esprit s’affole de la perte d'objets utiles et d'autres, précieux dans leur valeur sentimentale.

Ce n'est que plus tard que j'ai réalisé le danger encouru, un mauvais coup de pied, de canif, bêtement, pour trois fois rien en fin de compte;  il suffit de peu pour fabriquer des drames. Pour avoir peur, il faudrait voir le risque: dans le feu de l'action et la surprise, on ne voit rien. Évidemment, nous avons tous conscience de ce phénomène, mais c'est le jour que ça arrive à soi-même et pas aux autres qu'on l'appréhende pleinement.

Le contraste, c'est ensuite la gentillesse et l'empathie de l'entourage, des inconnus qui compatissent, des témoins qui veulent aider.

Toujours le meilleur de la nature humaine juxtaposé à l'un de ses côtés moins réjouissants.

Quelques heures plus tard, Michel Legrand, sur scène, avec des notes de piano cristallines, des violons pour pleurer, et un ciel étoilé - la grâce à l'état pur.

Encore ébranlée par ce qui venait de se dérouler, me revenaient en parallèle, les paroles de sa chanson Dans le même instant, qui souligne justement la simultanéité et les contrastes de la vie, la rendant si "aimable" malgré tout...






mercredi 8 août 2012

T comme... Thielemans Toots

C'est un jeune homme de 90 ans.
C'est un des Belges les plus connus à l'étranger.
C'est lui qui a donné ses lettres de noblesse à l'harmonica.
Et il siffle aussi.

Aux États-Unis plus qu'en Europe dès 1952, il joue dans la " cour des grands", avec Ella Fitzgerald, Quincy Jones, Bill Evans, George Shearing, Natalie Cole, Paul Simon, Ivan Lins, Pat Metheny... (la liste est longue!)

Couronné par de nombreuses distinctions internationales, il sait être un hôte délicieux sur scène lorsqu'il s'adresse au public qu'il reçoit dans un théâtre ou un festival.

Au Victoria Hall, à Genève, où j'avais eu le bonheur de l'écouter, il a présenté un morceau en précisant qu'il l'avait composé, bien des années auparavant,  " pour son Papa", avec un léger tremblement ému dans la voix.

Vous avez entendu Toots Thielemans, même si vous ne connaissez pas son nom. Son harmonica enchante des films comme  Midnight Express, Jean de Florette, Nous irons tous au paradis, French kiss et beaucoup d'autres! C'est encore lui dans le "love theme" du film avec Steve McQueen et Ali MacGraw, The Getaway - un bijou!

Et puis il y a son très célèbre " Bluesette" qu'il a d'abord sifflé tout en s'accompagnant à la guitare... et qu'il a repris, avec des rythmes brésiliens, lui qui a aussi joué avec Astrud Gilberto et Elis Regina.

Toots joue de l'harmonica "comme on respire": soupirs langoureux d'une douceur infinie, tremblements passionnés, longues expirations sensuelles et libératrices, échos secrets, sa musique est autant privée - intérieure - que publique...

Il faut l'écouter en filant en voiture, vitres baissées, cheveux au vent, le long de la mer ou au milieu d'une allée de platanes, et se laisser emporter par ce mélange de bonne humeur et de nostalgie joyeuse...

C'est alors que l'on comprend encore mieux ce qu'il veut dire, lorsqu'il déclare se sentir le plus à l'aise dans le petit espace qui existe entre un sourire et une larme...( " I feel best in that little space between a smile and a tear.")

Chapeau bas,  Monsieur Thielemans!!!!


NB: Dans cette interprétation de Bluesette à Ahoy, à Rotterdam en 2009, on est impressionné de voir la force de l'harmonica de Toots face à cet orchestre symphonique.

vendredi 3 août 2012

S comme... Sautet Claude

Pour poursuivre - enfin!- l'abécédaire de ceux et celles que j'aime et admire  (choix toujours aussi difficile et forcément injuste) , à la lettre S, un grand monsieur du cinéma français au charme discret , Claude Sautet, dont on connaît souvent mieux les films que la photo.

Sautet ne se résume pas, on voudrait tout dire, ne rien oublier, et de penser à lui et à ses films pour lui rendre ce modeste hommage me donne envie de laisser là cet article pour revoir l'une de ses histoires - ou même toutes, allez, un petit festival personnel!

En attendant, je me suis souvent demandé si les étudiants de cinéma avaient parfois, en guise d'exercice,  à réfléchir sur le rôle de la pluie et des bistrots , deux constantes chez Sautet... La pluie-catalyseur, qui déclenche et provoque des situations, rapproche les gens, fait et défait les couples au milieu d'une rue ou d'une noce de campagne, vite, suivez-moi, j'ai ma voiture à deux pas, je vous en prie, je partage volontiers mon parapluie avec toi...

Et puis les bistrots, les conversations que l'on devine lorsque la caméra se fait voyeuse, derrière la vitre, parmi les volutes de fumée, les éclats de rire ou les coups de gueule, les larmes et les rires. Jean-Louis Bory avait tout à fait raison lorsqu'il écrivait dans le Nouvel Observateur,  le 20 novembre 1978: " il arrive qu'on sourie dans le film de Sautet, car Sautet réussit comme personne les plans de plein air radieux du bonheur des parties de campagne et des réunions chaudement amicales. Mais les larmes ne sont jamais loin, elles perlent au bord même du sourire..." Il commentait Une histoire simple et effectivement, les problématiques des films de Sautet (souvent en collaboration avec Jean-Loup Dabadie) sont simples: une femme qui hésite entre deux hommes, des maris, des femmes, des amants, des amis, la crise de la quarantaine, les déceptions professionnelles ou amoureuses: et pourtant! Avec lui la banalité des " choses de la vie" s'habille d'une profondeur qui touche le spectateur au cœur même de son intimité.

Il déclarait s'exprimer le mieux à travers ses personnages féminins: "sans doute à cause de leur besoin d'action, leur plus grand courage, leur intrépidité même." On pense à Romy Schneider, bien sûr, symbolisant la femme " d'une farouche indépendance qui entretient avec les hommes des rapports de force " mais aussi à ses héroïnes " en creux", qu'interprètent Marie Dubois, Ludmila Mikaël, Léa Massari ... Quant aux hommes, Piccoli, Montand, un jeune Depardieu, un merveilleux Reggiani... Souvenez-vous d'Hélène, de François, de Vincent, de Rosalie, et tous les autres, évidemment! Comme dans la vie, il n'y a pas vraiment de rôles secondaires chez Sautet, il suffit que le regard change de direction, que la caméra le suive, et les perspectives changent avec l'éclairage d'un visage.

Quand un journaliste de Libération lui demandait pourquoi il filmait, il répondait  " Parce que ça m'amuse. Parce que c'est un jeu. (...) Parce que, enfant, je suis resté timide et muet longtemps. (...) Et parce que les hasards de la vie - et la chance- ont fait que c'est devenu pour moi le seul moyen de communiquer". (Numéro hors série mai 1987).

Pour le connaître un peu plus, je recommande un livre précieux, " Conversations avec Claude Sautet" de Michel Boujut. (Je l'ai découvert grâce à une amie qui l'apprécie autant que moi!)

Et pour terminer, un extrait naturellement, même si, là encore, le choix est cornélien!!

Voici la fameuse scène du gigot, quand Vincent, François, Paul et les autres se lancent dans un règlement de compte tel qu'on peut seulement en avoir entre de véritables amis!