mardi 12 juin 2012

Extrait - in "Du coeur à l'ouvrage"


(...) Bientôt ce serait à son tour : elle n’avait pas envie qu’on vienne la chercher, la déranger, devoir se lever, quitter cette chaleur à laquelle elle finissait par s’accommoder, avec ses souvenirs en ricochets, sensations de petits bonheurs, souvent éphémères et pourtant tenaces, récurrents. Indispensables. Évidemment ce n’était pas leur valeur marchande qui leur conférait de l'importance, au contraire, la plupart d’entre eux étaient gratuits : le soleil, la mer, la nature, le ciel. Ah, les nuits de pleine lune sur le lac, les constellations infinies observées dans le silence nocturne de la montagne…

Elle avait eu de la chance : son père lui avait enseigné dès ses premiers pas à rester à l’écoute de ses cinq sens. Il lui avait fait là le cadeau le plus précieux, elle s’en rendait compte plusieurs fois par jour, surtout en mangeant : elle secoua les épaules car l’évocation de son père allait la rendre trop sensible et sourit en elle-même, en pensant à quelques repas de famille mémorables. Justement, le reportage suivant montrait des cuisines, du rouge, de l’acier, des éclairages sophistiqués et des commodes avec des grillages de poulailler. Il y manquait du pain de campagne, quelques bons fromages au lait cru, du saucisson ; dans les films français des années 70, les problèmes se dénouaient souvent à des heures improbables autour d’une omelette impromptue, accompagnée d’un verre de rouge et d’un camembert coulant. Est-ce que c’était cela être épicurienne? L’étiquette ne lui faisait pas peur, il y avait pire. Tout est lié, songea-t-elle, la sensibilité, la sensualité, une certaine idée de la beauté. Savoir goûter la saveur particulière d’un  aliment, c’est aussi comprendre la virtuosité d’un solo de violon, la fugacité d’un arc-en ciel sur l’asphalte, l’aplat d’un vermillon sur une toile ou la caresse furtive dans le creux d’une épaule.(...)

Pour retrouver ma nouvelle dans son intégralité, " Du cœur à l'ouvrage", Editions de l'Aire, 2012, Tous droits réservés (en librairies, sur le site de l'Aire et puis sur Amazon, etc...)

mercredi 6 juin 2012

Images "contre" mots....

Colorissimo sur Pinterest
Je culpabilise un peu.

Voici des semaines que je déserte mon propre blog et lorsque j'y passe en vitesse, je vois dans les statistiques qu'il y a eu plusieurs visiteurs, en Europe, Amériques, Moyen-Orient...

... J'ai l'impression de leur avoir fait faux-bond, d'avoir posé un lapin, de n'avoir pas été au rendez-vous tacite que je leur avais donné. Parce qu'un blog, c'est un peu cela, une invitation, comme lorsqu'on lance à des amis un "mais passez donc nous voir la semaine prochaine, nous serons à la maison...", c'est une porte entrebâillée qu'il suffit de pousser... mais voilà, ces derniers temps, je n'étais pas chez moi, entre les pages de mon blog...

Je pourrais vous donner des excuses, toutes valables et recevables par ailleurs: quelques voyages, des amies chères disparues et donc des équilibres à retrouver, des pendules à remettre à l'heure, des projets, des rires, des larmes, bref, le lot quotidien de chacun avec beaucoup de jours trop longs et des nuits si courtes...

Mais, non, ce n'est pas cela... il doit y avoir autre chose. Je n'ai jamais écrit parce que j'avais du temps, d'en manquer ne constitue pas une explication.

Je culpabilise pour les personnes que j'aime et que j'admire et qui attendent encore leur tour dans l'alphabet... Je culpabilise un peu pour ce prochain livre dont l'histoire est dans ma tête jusqu’à la dernière phrase, mais pour lequel tant reste encore à faire.

D'un autre côté, je n'écris pas de façon studieuse. à heures régulières, mais lorsque le besoin est là - ce qui évite l'angoisse de la page blanche...  et en ce moment, je préfère les images aux mots, ceux et celles qui me suivent sur Pinterest le savent bien! J'invite les autres à cliquer sur l'icône à droite... C'est amusant, délassant, curieux, varié, et on y découvre de jolies choses. Alors je classe, je collectionne, je trie, j'échange des photos, des dessins, des tableaux: Pinterest, une cour de récréation cybernétique où chacun montre ses dernières trouvailles... c'est un plaisir pour les yeux: des couleurs rutilantes, des fleurs tremblantes au petit matin, des boîtes à trésors...

Quant aux mots, je suis "contre", mais comme Guitry le disait des femmes, "tout contre": je m'y frotte, aux mots des autres, que je préfère aux miens, en ce moment... il faut dire que Jorge Semprun (L'écriture ou la vie ), Somerset Maugham  ( The summing up ) et Nora Ephron (  I remember nothing and other reflections ), ne peuvent que provoquer beaucoup d'humilité!

Bon, je vais encore quitter mon blog, mais j'y reviendrai très vite, promis, juré, ne serait-ce que pour y mettre des photos. Et pour y saluer les visiteurs qui me font l'honneur de s'y arrêter...

Alors, venez, passez par mon blog, et si je n'y suis pas, installez-vous, mettez-vous à l'aise, fouillez dans les archives, laissez un commentaire, attendez-moi! Et soyez indulgents et patients...

Merci!!!