mardi 25 décembre 2012

Z comme ... Zambaldi Roger

Vous me direz que l'occasion était trop belle, dernière lettre de l'alphabet, je choisis la facilité... Détrompez-vous, j'admire aussi Fred Zinnemann et son "train sifflera 3 fois", et Joe Zawinul du groupe Weather Report.

Non, si je termine mon abécédaire par mon père, Roger Zambaldi, c'est parce que j'avais envie de partager un peu avec vous, le plus vénitien des Parisiens, ou le plus parisien des Vénitiens.

Je ne vous raconterai ni les parties de badmington dans les prairies de nos vacances ni l'homme exemplaire qu'il a été aux côtés de sa femme - je l'avais évoqué dans ce blog, il y a trois ans, dans un hommage à ma mère -  Quant au reste, comme l'avait si bien écrit Huguette Maure, " tout se sait entre un père et une fille, à fleur de confidence retenue, de regards doux et calmes, de gestes nostalgiques"... Et ça, c'est notre histoire, elle n'appartient qu'à nous!

Je désire ici rassembler, éclairer, pour la première fois, quelques faits, quelques souvenirs: la petite Algérienne qui partagea brièvement mon lit d'enfant; Gustavo, abandonné sur un trottoir de Bogotá à qui je donnais le biberon avec précaution; cet homme, un soir à notre porte, avec, emballée dans un chiffon, une rose des sables de 10 kilos, qu'il avait taillée lui-même et qu'il tendit à mon père pour le remercier d'avoir fait soigner sa fille. 

Ou encore la première fois que j'ai vu les cygnes sur le lac, à Lausanne, en attendant mon père qui avait rendez-vous avec Edmond Kaiser, fondateur de Terre des Hommes.

C'est par les exemples qu'il m'a donnés, quand il a repris à son tour et dirigé bénévolement Terre des Hommes France, que j'ai appris la tolérance, l'amour de son prochain, l'éthique et la probité - fondements qui ont et continuent toujours à diriger sa vie, tant privée que professionnelle.

Dans son Rapport Moral de 1970, que je suis en train de relire et qui mériterait d'être repris en intégralité, mon père soulignait une des valeurs de cette organisation, l'anonymat: " on n'entre pas, on ne travaille pas à Terre des Hommes pour se faire un nom, pour recevoir des titres ou des remerciements."

Certes, mais permets-moi, Papa, de dire quand même haut et fort, surtout en ce 25 décembre, ces principes intemporels que tu énonçais devant ces hommes et ces femmes, ouvriers, chefs d'entreprise, catholiques, athées, communistes ou gaullistes, qui, tous ensemble, permettaient à des enfants d'être nourris, soignés, rescapés en Algérie, au Vietnam, en Inde, au Cameroun, au Biafra et ailleurs... Si selon le Talmud, quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier, alors toi...

Tu parlais de prise de conscience, de " la responsabilité de notre métier d'hommes, de notre appartenance à la famille humaine." Tu prouvais que l'on peut réussir le pari de vaincre la fatalité, que des forces dispersées et variées peuvent s'unir pour rendre possible l'impossible et faire naître un sourire sur le visage d'un enfant.

Grâce à toi, j'ai grandi au milieu de ces vérités qui ne restaient pas que de vains mots, des discussions passionnées,  des réunions hebdomadaires à la maison, des photos qui circulaient, grands yeux d'enfants plus ou moins de mon âge, petits corps affamés. Je t'ai entendu, au téléphone, trouver des places d'avion pour le bout du monde, des chirurgiens pour opérer, gratuitement, parce qu'on ne pouvait résister à ta foi en la solidarité, toi qui citait souvent Saint-Exupéry et son Petit Prince... " Responsables un peu du destin des hommes dans la mesure de notre travail (...) liés à nos frères par un but commun et qui se situe en dehors de nous."

Pour tout cela, et beaucoup plus encore, merci du fond du cœur, et Bon Noël, Papa!

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire