vendredi 3 août 2012

S comme... Sautet Claude

Pour poursuivre - enfin!- l'abécédaire de ceux et celles que j'aime et admire  (choix toujours aussi difficile et forcément injuste) , à la lettre S, un grand monsieur du cinéma français au charme discret , Claude Sautet, dont on connaît souvent mieux les films que la photo.

Sautet ne se résume pas, on voudrait tout dire, ne rien oublier, et de penser à lui et à ses films pour lui rendre ce modeste hommage me donne envie de laisser là cet article pour revoir l'une de ses histoires - ou même toutes, allez, un petit festival personnel!

En attendant, je me suis souvent demandé si les étudiants de cinéma avaient parfois, en guise d'exercice,  à réfléchir sur le rôle de la pluie et des bistrots , deux constantes chez Sautet... La pluie-catalyseur, qui déclenche et provoque des situations, rapproche les gens, fait et défait les couples au milieu d'une rue ou d'une noce de campagne, vite, suivez-moi, j'ai ma voiture à deux pas, je vous en prie, je partage volontiers mon parapluie avec toi...

Et puis les bistrots, les conversations que l'on devine lorsque la caméra se fait voyeuse, derrière la vitre, parmi les volutes de fumée, les éclats de rire ou les coups de gueule, les larmes et les rires. Jean-Louis Bory avait tout à fait raison lorsqu'il écrivait dans le Nouvel Observateur,  le 20 novembre 1978: " il arrive qu'on sourie dans le film de Sautet, car Sautet réussit comme personne les plans de plein air radieux du bonheur des parties de campagne et des réunions chaudement amicales. Mais les larmes ne sont jamais loin, elles perlent au bord même du sourire..." Il commentait Une histoire simple et effectivement, les problématiques des films de Sautet (souvent en collaboration avec Jean-Loup Dabadie) sont simples: une femme qui hésite entre deux hommes, des maris, des femmes, des amants, des amis, la crise de la quarantaine, les déceptions professionnelles ou amoureuses: et pourtant! Avec lui la banalité des " choses de la vie" s'habille d'une profondeur qui touche le spectateur au cœur même de son intimité.

Il déclarait s'exprimer le mieux à travers ses personnages féminins: "sans doute à cause de leur besoin d'action, leur plus grand courage, leur intrépidité même." On pense à Romy Schneider, bien sûr, symbolisant la femme " d'une farouche indépendance qui entretient avec les hommes des rapports de force " mais aussi à ses héroïnes " en creux", qu'interprètent Marie Dubois, Ludmila Mikaël, Léa Massari ... Quant aux hommes, Piccoli, Montand, un jeune Depardieu, un merveilleux Reggiani... Souvenez-vous d'Hélène, de François, de Vincent, de Rosalie, et tous les autres, évidemment! Comme dans la vie, il n'y a pas vraiment de rôles secondaires chez Sautet, il suffit que le regard change de direction, que la caméra le suive, et les perspectives changent avec l'éclairage d'un visage.

Quand un journaliste de Libération lui demandait pourquoi il filmait, il répondait  " Parce que ça m'amuse. Parce que c'est un jeu. (...) Parce que, enfant, je suis resté timide et muet longtemps. (...) Et parce que les hasards de la vie - et la chance- ont fait que c'est devenu pour moi le seul moyen de communiquer". (Numéro hors série mai 1987).

Pour le connaître un peu plus, je recommande un livre précieux, " Conversations avec Claude Sautet" de Michel Boujut. (Je l'ai découvert grâce à une amie qui l'apprécie autant que moi!)

Et pour terminer, un extrait naturellement, même si, là encore, le choix est cornélien!!

Voici la fameuse scène du gigot, quand Vincent, François, Paul et les autres se lancent dans un règlement de compte tel qu'on peut seulement en avoir entre de véritables amis!









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