lundi 14 février 2011

M comme ... Matthews Onzy

Une de ses plus célèbres compositions s'appelle "Blues with a touch of elegance"; cela le décrit très bien: grand, mince, la voix basse, un regard curieux, un sourire un rien ironique ou charmeur et toujours élégant, en smoking comme en jeans.

Onzy Matthews est né au Texas - il n'aimait pas dire l'année exacte, peut-être pour ne pas voir le temps passer- puis a suivi sa mère à Los Angeles. Il a commencé à apprendre le piano tout seul, pour s'accompagner en chantant. Très vite, il a fait des arrangements. Beaucoup. Un jour, il appela Dexter Gordon parce qu'il voulait monter un orchestre: Gordon invita les meilleurs musiciens d'Hollywood pour tester le jeune homme: devant leur enthousiasme, cela se transforma en sessions hebdomadaires qui durèrent plusieurs mois!  Il partit ensuite à New York, collabora pendant des années avec le Big Band de Duke Ellington qui lui demanda d'arranger certains de ses morceaux. Il remplaça même le Duke au piano pendant une tournée à travers les États-Unis. Il travailla avec Ray Charles, Lou Rawls, Quincy Jones. Avec Miles Davis, dans le film Dingo, musique de Miles Davis et Michel Legrand. Il enregistra des albums chez Capitol Records, ses compositions et aussi des arrangements magnifiques, Moon River, Flamingo et tant d'autres standards!

Et puis Onzy est arrivé à Paris; il rêvait de reformer un Big Band - il était M. Big Band par excellence; les trios, les solos ne l'intéressaient pas vraiment, c'était le choc des cuivres, l'harmonie des instruments, leur alchimie qui le faisaient vibrer. Il a joué dans le club de jazz du Méridien Etoile, dans des restaurants, au Bœuf sur le Toit, mais il souffrait d'improviser génialement sur Satin Doll dans le brouhaha des conversations et des bruits de vaisselle... tout en continuant à composer des partitions sur tout ce qui lui tombait sous la main.

Je le sais. Je l'ai vu. Il me l'a dit. Si je lui rends hommage aujourd'hui, c'est aussi parce qu' Onzy était mon ami. Al Grey, autre grand musicien, me l'avait présenté. L'étudiante que j'étais alors ne réalisait pas vraiment l'artiste qui se trouvait en face d'elle. Il m'emmenait manger du soul food à 3 heures du matin dans des petits restaurants de Paris avec Memphis Slim, le roi du blues, et d'autres magiciens de la trompette ou du saxo; dans ma cuisine, il préparait des côtelettes de porc avec de la confiture d'abricot selon une recette de sa mère. Il me conseillait d'arrêter mes études et de devenir son agent: je l'aidais à négocier un contrat pour la Grande Parade du jazz de Nice; je l'accompagnais à la SACEM... Nous parlions beaucoup et je lui montrais Paris. Je lui ai même présenté mon père.

La vie, le temps, les études, nous ont éloignés, sans raison, comme c'est souvent le cas.

Onzy Matthews a remonté un Big Band en Europe qui a, entre autre, été à l'affiche du Festival de Jazz de Ramatuelle.

Il est retourné beaucoup plus tard au Texas avec la volonté, encore et toujours, d'une nouvelle aventure musicale, lui à qui on avait reproché, au début de sa carrière, d'avoir trop de musiciens noirs dans son orchestre. Un couple d'amis l'a retrouvé mort, chez lui, près de son piano, une composition inachevée à ses côtés. Un grand monsieur du jazz, malade et seul, des partitions plein les placards!.

Son nom devrait être prononcé plus souvent, ses arrangements écoutés en boucle: il n'a pas voulu faire de concessions, ne jamais renoncer à ses idéaux, peut-être au prix d'une notoriété plus mercantile.

J'aurais voulu l'applaudir à Ramatuelle, cela tient une place importante sur la liste de mes regrets...

Un jour, il m'a tendu une feuille avec des notes, des paroles: il m'avait écrit une chanson... il me l'avait même fredonnée dans un des restaurants dans lequel il jouait devant une audience ignorante de l'honneur qu'il lui faisait!

Je suis toujours à la recherche de ce morceau de papier...

NB: Je vous invite sans plus attendre à écouter sur Youtube, une de ses compositions: Mesdames et Messieurs, voici Mister Onzy Matthews et son orchestre,  Blues Non-Stop....





lundi 7 février 2011

L comme... Lins Ivan

Avec cette lettre, le choix était presque cornélien: Claude Lelouch, Michel Legrand, Francis Lai... et puis Ivan Lins s'est imposé. Je reste dans la musique et je désire tirer un grand coup de chapeau à ce Brésilien de génie, compositeur, chanteur, pianiste, que l'on connaît parfois à travers ses mélodies, sans savoir vraiment son nom, bien qu'il soit couvert de récompenses internationales.

Ivan (prononcez "Ivon") se cache en effet souvent derrière les interprètes de ses chansons, et pas des moindres: Sting (She walks this earth), George Benson, Quincy Jones, Toots Thielemans, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Elis Regina et bien d'autres. Il est le musicien étranger le plus interprété aux États-Unis après son compatriote, Antonio Carlos Jobim. Il a d'ailleurs vécu près de Boston pendant que son père terminait ses études au prestigieux MIT avant de retourner à son Rio natal.

Heureusement que la musique l'a conquis "sur le tard", dit-il en s'excusant presque de n'avoir commencé à apprendre le piano qu'à l'âge de 18 ans...  tout en se préparant à une carrière sportive! A écouter l'harmonie de ses créations, la virtuosité de ses arrangements, la sensibilité de sa voix, on a des frissons en pensant que nous aurions pu ne jamais les entendre!

Il séduit les amateurs de pop comme ceux de jazz, mais c'est quand même ce dernier qui le motive: j'aime la définition qu'il en donne: " Le jazz est une attitude; c'est un mélange d'âme (soul) et de liberté".

Sa musique fait incontestablement partie de la Musique Populaire Brésilienne tout en se démarquant de celles d'un Jobim, Baden Powell ou Milton Nascimento.

Le seul problème avec Monsieur Lins, c'est qu'il est rare en Europe: il y a trop longtemps qu'il n'est pas venu à Montreux, et il ne semble pas avoir assez d'heures dans la semaine pour réaliser tous ses projets. Il a raison, la vie n'attend pas, il le sait: Miles Davis tomba totalement sous le charme de sa musique; on la lui fit écouter, il voulut immédiatement parler à Ivan, décida d'enregistrer vingt-huit titres (oui, 28)... et mourut trois mois après, sans avoir pu mener à bien ces sessions qui seraient sûrement devenues des morceaux d'anthologie...

J'essaie de choisir un titre, un lien, pour partager mon enthousiasme... Il y a l'entraînant Dinorah, Dinorah, plein d'énergie et de rythme, qui donne envie d'entonner le refrain en chœur ou encore son premier succès, Madalena  mais aussi Rio de Maio, qui incite à une promenade sur le sable d'Ipanema dans la légèreté d'une brise du soir... J'hésite encore... Lembra de Mim débute par la voix inimitable de Lins qui fredonne, accompagné par la sobriété du violoncelle... Mais bon, je ne résiste pas à sa chanson la plus célèbre, Começar de Novo, (The Island) dont les paroles anglaises sont encore plus sensuelles que celles de la version originale, même si la beauté de la langue fait oublier la force du propos. La mélodie, elle, reste d'une indicible douceur....

Pas étonnant d'entendre Ivan Lins déclarer dans les interviews que si sa musique est ce qu'elle est, c'est parce qu'il est un vrai romantique...

En voici la preuve:

jeudi 3 février 2011

K comme... Keaton Diane

J'aurais pu choisir une des nombreuses photos sur lesquelles, elle éclate de rire ou sourit largement à l'objectif...

Je l'aime d'ailleurs beaucoup pour ce sourire, les actrices en usent certes souvent, à plus ou moins bon escient, mais elle, elle rit à gorge déployée, et sans la connaître personnellement,  on se dit qu'elle doit aussi être comme cela avec ses proches...

Pourtant, j'ai choisi cette photo, plutôt sérieuse, presque studieuse, lèvres serrées, petites lunettes, cheveux sagement rangés sous un chapeau, tons de noir et de gris, un rien masculin... parce que Diane Keaton, c'est aussi la réflexion qui se cache derrière une certaine légèreté.

Je ne sais pas si ce sont ses lunettes, sa façon de parler, même lorsqu'elle confectionne des gâteaux de mariage, elle a encore l'air d'une intellectuelle! Et en mère soucieuse d'aider sa fille à trouver le bonheur, dans Because I said so, elle est très convaincante, comme toujours! (Mes filles nous trouvaient même des ressemblances dans notre "exubérance maternelle"!)

Féministe, indépendante, fantaisiste - au moins  dans ses tenues vestimentaires-, elle voulait avant tout devenir chanteuse et a même joué dans Hair sur une scène de Broadway. Elle se dit peu sûre d'elle, même aujourd'hui...et le cache probablement derrière l'éclat de son sourire...

Pourtant ses succès cinématographiques ne se comptent plus depuis son Oscar, en 1977 avec Annie Hall : amusant lorsque l'on sait que Hall est son vrai patronyme. Woody Allen lui a donné quelques-uns de ses plus beaux rôles (Manhattan Murder Mystery, un de mes préférés). Woody Allen, avec qui elle a vécu une belle histoire... elle qui ne s'est jamais mariée, pour, déclare-t-elle, garder sa liberté, ne pas trop faire de compromis, mais aussi parce qu'elle avait toujours un peu peur des hommes, qu'elle pensait ne pas leur plaire... Quand on se rappelle qu'elle a été la compagne d'Al Pacino et de Warren Beatty, on imagine que beaucoup de femmes lui envieraient son manque d'assurance!

Souvenez-vous, dans Baby boom,  quand le séduisant Sam Shepard veut l'embrasser, et qu'elle lui avoue, le dos appuyé au réfrigérateur grand ouvert, qu'effectivement, tous les hommes la rendent nerveuse, sauf lui..."

Quand la fiction rejoint la réalité...