dimanche 13 novembre 2011

R comme... Reggiani Serge

Petite, je connaissais beaucoup de paroles de ses chansons par cœur, j’allais jusqu’à les déclamer à mes institutrices, comme autant de récitations libres.


Je l’avais même écouté sur scène, avec mes parents et des amis : je revois encore son blouson de cuir blanc, ses mimiques. Il n’avait pas besoin de décor sophistiqué pour créer une ambiance, il lui suffisait de sourire légèrement, de lever les yeux au ciel, d’ouvrir ses bras.

Il n’écrivait ni les textes ni la musique, et pourtant ce qu’il chantait lui allait comme un gant, c’était du sur mesure, ou plutôt, il savait s’approprier absolument les textes de Vian, de Dabadie, de Moustaki, les musiques de Michel Legrand, d'Alain Goraguer.

J’ai la certitude que mon amour des mots a commencé là, en écoutant les 33 tours de Serge Reggiani, les dimanches après-midi, les soirées d’automne… Même si je retrouvais les paroles sur la pochette du disque, je ne comprenais pas tout, « pas  de mon âge », mais  ce n’était pas grave, au contraire : je me laissais porter par cette poésie bizarrement séduisante – un peu comme lorsque l’on écoute une langue étrangère et que l’on s’amuse à inventer un sens  à des phrases incompréhensibles… - :

Mon en-or, m'azur, ma Javotte,
Mon soir d'avril après la pluie,
Mon béryl, mon tendre péril,
Ma très précieuse découverte,
Pierre verte au creux des jeudis,
Ma Mélusine, ma bellotte,
M’ondine, ma coquelinotte…  
(La Dame de Bordeaux)

Sa voix me fascinait, elle continue toujours : il faut écouter Reggiani en voiture,  filer avec le timbre de sa voix dans les oreilles, on entend même sa respiration, entre deux mots. Elle, sa voix, a, tour à tour, la gouaille d’un bonimenteur de foire (Les affreux), la détermination d’un militant (Gabrielle) ou la tendre fêlure d’un amoureux perdu (L’absence).

C’était d’ailleurs le choix de ses thèmes, l’ironie pour dénoncer les horreurs de la guerre, la faiblesse du genre humain, et puis aussi  et presque surtout, les faiblesses d’un homme, dont il dressait un portrait tout en demi-teintes et sans concession: histoires de petites lâchetés, de doutes, de trahison parfois, de tendresse et d’amour toujours…

Sur grand écran, on le retrouvait dans ce personnage d’homme attachant parce que fragile et plein de failles, chez Sautet, Lelouch… Il vivait ses chansons comme ses rôles au cinéma, mais avec lui, on ne savait pas dire s’il était un chanteur qui jouait ou un comédien qui chantait…

Je l’ai croisé plusieurs fois dans le Marais – encore - ! Il achetait sa baguette chez le boulanger où se servait ma grand-mère et habitait à deux pas, rue de Sévigné, près de la caserne de Pompiers. Comme il l’avait si bien chanté, il suffisait de presque rien


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