samedi 31 décembre 2011

Des débuts et des fins...

Il y a deux jours, je peignais dans la fraîcheur d'un matin provençal les murs d'une vieille maison de famille, sur le point de connaître une nouvelle vie... Couleurs claires, mélanges d'éléments anciens et modernes, après quelques années de grandes plages silencieuses, la maison sera bientôt prête pour recevoir de nouveaux éclats de rire, des senteurs de mimosa et de sauces alléchantes.  Tout en m'appliquant pour suivre le contour des fenêtres, je n'ai pu m'empêcher d'observer le jardinier de la propriété voisine: de dos, immobile, il regardait la terre qu'il avait travaillée avec peine les mois de sécheresse, les jeunes pousses qui s'alignaient dans le fond: j’imaginais de la tristesse dans son regard, des regrets aussi, car la campagne va être vendue, probablement à un promoteur qui remplacera les rangées de tomates et d'aubergines par du béton! Des débuts et des fins... Ces derniers mois, il y en a eu chez nous, autour de nous, beaucoup de cartons, de clés rendues, de volets fermés, mais aussi de nouveaux horizons, de nouvelles portes... Encontros e despedidas... Les départs sont souvent doux-amers et les arrivées parfois chargées de quelques craintes, mais ainsi va la vie...

Au lycée, j'écrivais sur mes classeurs en lettres dorées cette phrase d'Herman Raucher, l'auteur du roman qui a inspiré le film Un été '42: Life is made up of small comings and goings and for everything we take with us, there is something that we leave behind...

Effectivement  la vie est faite d'allées et venues, et pour chaque chose que nous emportons, nous en laissons d'autres derrière nous...

Mais les projets sont certainement plus efficaces que toutes les crèmes anti-rides pour passer d'une année à l'autre sans trop d'états d'âme!

Nous sommes tous sur le point de tourner la première page blanche de notre agenda, d'accrocher un calendrier flambant neuf... Nous laissons une année de bons souvenirs, mais aussi de chagrins, d'amis que nous ne reverrons plus, d'occasions manquées: comme sur les murs d'une vieille maison, il nous faut, je pense, mettre de la couleur à cette nouvelle année qui commence, faire la liste de nos rêves encore plus que de nos bonnes résolutions, - et surtout y croire!

Je vous souhaite donc une année 2012 riche de projets et de rêves!!!


dimanche 13 novembre 2011

R comme... Reggiani Serge

Petite, je connaissais beaucoup de paroles de ses chansons par cœur, j’allais jusqu’à les déclamer à mes institutrices, comme autant de récitations libres.


Je l’avais même écouté sur scène, avec mes parents et des amis : je revois encore son blouson de cuir blanc, ses mimiques. Il n’avait pas besoin de décor sophistiqué pour créer une ambiance, il lui suffisait de sourire légèrement, de lever les yeux au ciel, d’ouvrir ses bras.

Il n’écrivait ni les textes ni la musique, et pourtant ce qu’il chantait lui allait comme un gant, c’était du sur mesure, ou plutôt, il savait s’approprier absolument les textes de Vian, de Dabadie, de Moustaki, les musiques de Michel Legrand, d'Alain Goraguer.

J’ai la certitude que mon amour des mots a commencé là, en écoutant les 33 tours de Serge Reggiani, les dimanches après-midi, les soirées d’automne… Même si je retrouvais les paroles sur la pochette du disque, je ne comprenais pas tout, « pas  de mon âge », mais  ce n’était pas grave, au contraire : je me laissais porter par cette poésie bizarrement séduisante – un peu comme lorsque l’on écoute une langue étrangère et que l’on s’amuse à inventer un sens  à des phrases incompréhensibles… - :

Mon en-or, m'azur, ma Javotte,
Mon soir d'avril après la pluie,
Mon béryl, mon tendre péril,
Ma très précieuse découverte,
Pierre verte au creux des jeudis,
Ma Mélusine, ma bellotte,
M’ondine, ma coquelinotte…  
(La Dame de Bordeaux)

Sa voix me fascinait, elle continue toujours : il faut écouter Reggiani en voiture,  filer avec le timbre de sa voix dans les oreilles, on entend même sa respiration, entre deux mots. Elle, sa voix, a, tour à tour, la gouaille d’un bonimenteur de foire (Les affreux), la détermination d’un militant (Gabrielle) ou la tendre fêlure d’un amoureux perdu (L’absence).

C’était d’ailleurs le choix de ses thèmes, l’ironie pour dénoncer les horreurs de la guerre, la faiblesse du genre humain, et puis aussi  et presque surtout, les faiblesses d’un homme, dont il dressait un portrait tout en demi-teintes et sans concession: histoires de petites lâchetés, de doutes, de trahison parfois, de tendresse et d’amour toujours…

Sur grand écran, on le retrouvait dans ce personnage d’homme attachant parce que fragile et plein de failles, chez Sautet, Lelouch… Il vivait ses chansons comme ses rôles au cinéma, mais avec lui, on ne savait pas dire s’il était un chanteur qui jouait ou un comédien qui chantait…

Je l’ai croisé plusieurs fois dans le Marais – encore - ! Il achetait sa baguette chez le boulanger où se servait ma grand-mère et habitait à deux pas, rue de Sévigné, près de la caserne de Pompiers. Comme il l’avait si bien chanté, il suffisait de presque rien


mardi 8 novembre 2011

Q... comme Quine Caroline

Caroline Quine pour moi, c'est l'auteur de la série des Alice, dans la Bibliothèque Verte. Des Soeurs Parker aussi, mais je les ai moins lus.
Les Alice, par contre, je les ai dévorés, collectionnés, lus et relus. Ces histoires de détective et de mystères ont littéralement enflammé mon imaginaire entre 8 et 12 ans. Je pense que je les ai presque toutes, à une ou deux exceptions.

Chaque fois, je me glissais avec une immense jubilation dans un monde de bandits, faux-monnayeurs, individus sans scrupules, fantômes: des malles disparaissaient, de tiroirs secrets surgissaient d'incroyables découvertes. Avec Alice et le vase de Chine, je me passionnais pour le kaolin et fouillais les boutiques de tabatières chinoises sous les arcades de la rue de Rivoli (qui n'existent plus depuis...) et suite à la lecture d'Alice et les trois clefs, j'achetais comme un trésor un morceau d'obsidienne, la pierre dont étaient faites ces fameuses clefs! C'est aussi grâce à la jeune détective que je me suis intéressée au jade.

Alice me plaisait avec ses cheveux sagement retenus par un serre-tête, et ses twin-sets et colliers qui cachaient une hardiesse peu commune pour une jeune fille de 16 ou 18 ans... Elle conduisait une voiture de sport, avait un boy-friend, partait en excursions avec ses amies, Marion et Bess... je la plaignais de n'avoir plus sa mère, j'admirais avec elle, son père, l'avoué James Roy. Je la trouvais très jolie, sous le crayon d'Albert Chazelle, illustrateur talentueux qui donnait des visages à mon imagination.

Je me demandais si quelqu'un avait inspiré l'auteur et si River City existait quelque part aux États-Unis...Tant et si bien que je décidais d'écrire à Caroline Quine pour lui poser des questions, via les éditions Hachette. J'ai correspondu très tôt avec les écrivains que j'aimais. Quelque temps après, je reçus une lettre timbrée des USA... La secrétaire de Caroline Quine - l'en-tête indiquait Carolyn Keene - me remerciait: regardez la photo, j'ai encore la lettre, glissée dans un des livres. Inutile de dire ma joie, même si j'apprenais que la ville et le personnage n'étaient que pure fiction!

Depuis, le charme persiste et je feuillette toujours avec plaisir ces recueils de souvenirs dans lesquels j'aimerais parfois avoir le temps de me replonger. Pourtant, j'ai su que les livres d'Alice, qui s'appelle Nancy Drew en Amérique du Nord, et dont les premiers datent de 1930, sont le fruit d'un collectif d'auteurs au sein du "Syndicate Stratemeyer", et que donc, Caroline Quine... n'a jamais existé!



dimanche 30 octobre 2011

P comme... Petrucciani Michel

Il disait de lui-même, " je suis un type très rapide, ce n'est ni un choix, ni une envie, c'est ma vie qui va vite! "

On ne pourra jamais assez le remercier d'être allé si vite, d'avoir brûlé les étapes: il  fait de la musique dès son plus jeune âge, - huit ans de classique, en plus de la batterie avec ses frères et son père -, joue à 13 ans, au pied levé, avec le mythique trompettiste Clark Terry dans un festival près de Montélimar, et à 18 ans, il part à la conquête de l'Amérique et des jazzmen qu'il vénère ... Il va forcer l'admiration du saxophoniste Charles Lloyd, qui pour faire connaître son talent, quitte sa retraite californienne pour l'emmener dans une grande tournée. Il vit son rêve américain à fond, travaille avec le Who's who du jazz international, est le premier musicien étranger à signer avec le label Blue Note, et dès 1981, il est lui-même sacré Jazzman de l'année par le Los Angeles Times.

Il adorait les blagues, l'humour, la vie! Il a eu deux femmes, deux enfants.

Sa discographie compte plus de 32 albums, et pourtant il nous a quittés en 1999, à seulement 36 ans, lui qui avouait avoir peur de la mort, mais être habitué à la souffrance: il était atteint d'une ostéogénèse imparfaite, cette maladie génétique rare qui fragilise les os et touche les voies respiratoires.

J'ai eu le privilège de le voir et l'entendre, assez souvent, en Angleterre, à Ronnie Scott's, en Suisse, à Paris, au New Morning, dans le Midi, au Festival de Ramatuelle. En solo, en duo, en trio ou plus. Un soir, assise au premier rang du balcon, je dominais le clavier, fascinée par la manière dont  ses mains s'envolaient... Son entrée en scène constituait un moment particulier; je me souviens clairement d'un concert avec des musiciens américains musclés, au physique de basketteurs: Michel Petrucciani est arrivé le dernier, avec ses béquilles - on le portait même parfois jusqu'à son piano - et instinctivement, on compatissait. Il a pris appui sur le tabouret, a plaisanté dans le micro avec son accent du Midi qu'il n'avait pas perdu " Bonsoir, on a bien 5 minutes, non, vous n'êtes pas pressés?"  et puis, en finissant de s'installer, il s'est mis à jouer, d'une main: déjà la grâce est passée, il a fait un signe de la tête et l'on savait qui était le leader: on était presque honteux d'avoir osé éprouvé un moment de pitié, ne restait de place que pour le respect et l'admiration absolue.

Ses notes, cristallines comme des gouttes de pluie, profondes et légères, enchantaient. On dit parfois que lorsqu'ils meurent, les musiciens s'en vont jouer avec les anges: dans le cas de Petrucciani, c'était plutôt un ange qui était descendu parmi nous. Il aspirait à transmettre " la sincérité, le cœur, la vibration intime, comme un soupir avant la fin du monde". Il a réussi au-delà de ses espérances!

La musique qu'il composait nous emmenait dans des voyages vertigineux, des déambulations romantiques; ses mains lui offraient ce dont ses jambes le privaient: filer à vive allure, courir, sauter, ou tout simplement, comme il en rêvait, marcher sur le sable, auprès d'une femme...

Il figure très haut dans ma liste de regrets: je l'ai croisé à l'aéroport d'Heathrow, avec son chapeau noir et ses musiciens qui poussaient le fauteuil: j'aurais pu lui parler, lui dire que j'étais du Pradet, où il venait encore, sans façons, faire des bœufs dans un bar, lorsqu'il rendait visite à sa famille à quelques kilomètres de là... encore un instant qui est passé à jamais! Mais heureusement, beaucoup d'autres ont clamé leur admiration, haut et fort,  à ce grand monsieur qu'était Michel Petrucciani!

On peut écouter l'un de ses titres pour se laisser porter... September 2nd:



Mais c'est encore mieux de regarder ces 10 minutes tirées du film - reportage, présenté à Cannes cette année, hors compétition, que lui a consacré Michael Radford, : on le voit y retrouver Charles Lloyd  à Big Sur en Californie et retourner à New York, la ville dans laquelle il a puisé tant d'énergie:  la séquence se termine surtout sur une prise magnifique, au sommet d'un gratte-ciel, tandis que Michel joue l'une de ses compositions, Look Up!






samedi 29 octobre 2011

Impressions de salon...

Déjà une semaine, le 1er salon du livre de Ste Maxime... Comme pour Le livre sur les quais, à Morges, en Septembre, chapiteau blanc: que ce soit au bord du Léman ou de la Méditerranée, peu importe, dans les deux cas, du soleil dans l'eau, des bateaux, l'impression que l'été tarde un peu à filer en douce.

Sous la tente, des tables, des livres, des auteurs chevronnés ou novices, des visiteurs solitaires ou en famille avec enfants et chiens... 

Il faudrait disséquer un salon - on a dû le faire -, analyser les moments forts, les instants de grâce, les coups de mou, quand le visiteur se fait rare, la digestion lente et que l'on n'a plus guère envie de se tenir debout derrière une pile de ses propres romans.

Debout, oui, pour moi, il faut l'être, on ne peut se contenter de rester assis à regarder passer les gens, d'un mouvement de tête de bas en haut... En plus, un auteur dans un salon, c'est comme un hôte qui reçoit: on n’accueille pas ses invités vautré dans un canapé!


Et puis, étant très sensible aux thèmes de l'être et du paraître dans mes histoires, je n'oublie pas l'importance des apparences: la table qui divise d'un côté l'auteur, de l'autre le visiteur, souvent un peu gêné, si ce n'est intimidé par le fait que celui, qui a écrit, soit devant lui. Il hésite à aller au-delà d'un titre - qui est au demeurant souvent trompeur- , à se saisir de l'objet, à lire la quatrième de couverture, à parcourir quelques lignes pour entrevoir le style... Je les encourage, prenez, je vous en prie, un livre ça se touche, se renifle, se place dans la main... c'est "physique". Donc, la table peut être un obstacle... cela introduit presque - et inconsciemment- des rapports de maître à élève, de patron à subalterne, bref, pas très engageant pour établir un dialogue... C'est pourquoi, je préfère rester debout, sauf bien sûr au moment d'écrire la dédicace, mais là, la glace a déjà fondu...

Parfois aussi, je brouille les pistes, me place de l'autre côté de la table... intéressant: d'abord, la plupart des personnes ne me regarde plus, je cesse d'être un auteur, même pas très connu, je bascule dans l'Anonymat avec un grand A.

J'imagine un salon du livre dans lequel les auteurs se placeraient devant leurs livres, les visiteurs devraient aller leur parler d'abord, pour découvrir ensuite ce qu'ils écrivent...

Dans ce genre de manifestations, il y a bien sûr les ténors, les vedettes, ceux et celles qui n'ont pas une seconde pour se lever, tant est longue la file de leurs fidèles qui attendent leur signature et leur sourire, le livre serré sur le cœur. Là, je m'incline modestement...

Mais parfois aussi, la foule se presse devant une star qui n'a rien à voir avec les lettres: à côté d'un Charles Aznavour ou des frères Bogdanoff, je ne suis pas sûre que Christian Bobin gagnerait en nombre...

Il y a les auteurs blasés, les fatigués, les bavards, ceux qui passent le temps en discutant entre eux... Il est vrai que l'on fait de belles rencontres de part et d'autre de ces tables.

Parler de ses livres n'est pas chose facile, j'aimerais plutôt partager mes emballements pour tel ou tel écrivain que j'apprécie. Néanmoins je peux évoquer mes personnages, et j'attire souvent des confidences...

Les femmes qui s'arrêtent devant Deux ou trois choses à te confier, journal d'une mère d'adolescente hochent la tête en signe de complicité en me disant qu'elles connaissent bien ce sujet, qu'elles aussi... je regrette que certaines d'entre elles filent sans que j'aie pu au moins leur expliquer que mon roman n'est pas une énième complainte d'adulte sur la paresse et la désinvolture des adolescents, mais au contraire une histoire pleine de tendresse pour une jeunesse bien souvent malmenée.

Je suis toujours très heureuse de revoir des lecteurs qui, m'ayant découverte une année auparavant, reviennent partager leurs impressions et partir à la découverte d'un autre de mes titres.


Il y a eu aussi cette inconnue, qui admirait les danseurs de tango sur la couverture de De vous à moi: je lui expliquai que c'était un roman épistolaire, et qu'un de mes lecteurs m'avait avoué que cela donnait envie de tomber amoureux... "Je le prends, me dit cette dame, avec un regard malicieux, pouvez-vous le dédicacer à ...., je vais le lui offrir, on ne sait jamais..." et elle me glissa, à voix basse, un prénom masculin.

J'aime les salons!

samedi 22 octobre 2011

O comme... O'Brien Edna

Sa mère lui répétait qu'elle n'était pas belle... Pourtant!

Superbe rousse, parfois brune, Edna O'Brien, 80 ans, se tient toujours bien droite dans son bureau salon, aux murs rouges et aux nombreux portraits de Beckett et Joyce, qui ont marqué sa carrière. Elle avoue égarer souvent des objets au milieu des ses châles et aimer vivre dans ce joyeux pèle-mêle de livres, d'objets-souvenirs.

Depuis le jour, il y a déjà longtemps, lorsque je vivais à Hampstead, où j'ai acheté mon premier livre de cette grande dame de la littérature irlandaise dans une petite librairie - disparue -, je ne l'ai plus quittée et j'ai tout lu! Les tranches oranges de ses romans, chez Penguin, une de mes maisons d'édition préférées, s’alignent sur les étagères... Il faudra que j'y ajoute son dernier recueil de nouvelles, Saints and Sinners (Saints et pécheurs).

J'avais commencé par sa trilogie, dont le premier tome, Country Girls, racontait si bien les émois et la belle innocence de Kate et Baba, ces deux jeunes Irlandaises aux yeux verts au début des années 60. Le poids du catholicisme, des interdits qu'elle affronte à l'internat religieux n'empêchera pas Kate de tomber amoureuse du mystérieux M. Gentleman, marié et terriblement séduisant, lorsque, loin des champs de tourbe, il l'emmène déjeuner dans un restaurant de Limerick ou lui murmure des phrases qu'elle n'aurait même pas pu imaginer en rêve...

S'ensuivirent un beau succès en Angleterre et aux Etats-Unis et une interdiction en Irlande!

L'écriture d'Edna O'Brien  oscille toujours entre retenue et fougue, entre émotion et froideur... on y passe très vite, comme dans un ciel de sa région de Clare, d'une pluie drue à un arc en ciel vibrant de couleurs. Les phrases sont assez courtes, les descriptions pas trop longues mais "efficaces", les sentiments distillés avec une précision de scalpel.

On l'a souvent décrite comme la spécialiste des sentiments féminins voire féministes, des rapports amoureux complexes, de l'amour-haine entre mères et filles, entre les sexes aussi.

C'est également le portrait d'une certaine émancipation de la femme, qui préfère parfois la solitude aux malentendus de la vie commune, comme son héroïne d'August is a wicked month ou d'une femme, cougar avant l'heure, qui va jusqu'à tuer -  Johnny I hardly knew you.

Il y a longtemps qu'elle a quitté son pays, mais l'Irlande ne semble pas la laisser: elle y revient toujours, au détour d'une phrase, d'un souvenir, d'une réflexion sur l'église, sur l'alcool, sur ses paysages si rustres ou si doux.

J'ai appris qu'elle habite depuis vingt ans une maison du côté de South Kensington - si seulement j'avais la chance de la croiser et la saluer la prochaine fois que j'y serai...

vendredi 14 octobre 2011

N comme... Nougaro Claude

(Après plusieurs mois de pause, voici la reprise de mon abécédaire consacré à quelques-uns de ceux que j'aime et j'admire... )

Les mots prenaient une autre dimension dans sa bouche! Il les savourait, les goûtait, en jouait, et les prononçait avec une gourmandise et une sensualité sans pareilles. Il cultivait le  "torrent de cailloux" qui roulait dans son accent et jamais jazz n'avait  été mieux mis en paroles et en français quand il faisait " son cinéma".

Bien évidemment lorsque l'on évoque Claude Nougaro, on pense à Toulouse, sa ville rose où  " les mémés aiment la castagne" et "aux mains sur les bas" de Cécile, mais il y aurait tellement d'autres choses à mentionner en souvenir de cet artiste si novateur, si original! Il a eu des hauts et des bas, il s'est ressourcé, est revenu au sommet... et lorsqu'il nous a quittés, trop tôt, bien sûr, ce fut au tour du carillon de la basilique St Sernin de célébrer son talent, dans un moment très émouvant.

Richard Galliano qui fut longtemps son accompagnateur à l'accordéon et qui composa pour lui, entre autres, " Vie violence", le rejoue régulièrement dans ses concerts, et l'a sobrement renommé " Tango pour Claude".

J'ai beaucoup de mal à choisir quelle est ma chanson préférée, à l'écouter communier laïquement avec son public, chemise noire et lunettes de prof sur le bout du nez...

Il y a pourtant quelques phrases que je trouve merveilleuses de simplicité et de poésie...

Quand il s'adresse à sa " Marcia, martienne"...

 "Je t'aime encore plus fort quand tu n'es pas là,
Quand tu n'es pas là tu es partout là
(...) Oui, c'est ainsi que tu m'envahis,
Tu m'envahis quand tu t'en vas"

Ou encore, lorsqu'il décrit si bien les plaisirs essentiels de l'enfance à travers un dessin...

"Que tu lui donnes un crayon
Et l'enfant bâtit sa maison
Quatre carreaux pour le ciel
Une cheminée pour Noël
A gauche un pommier
Pour la tarte
A droite un voilier
Pour qu'on parte"

Et surtout, en prince charmant lucide  dans "Blanche-Neige"...

"J'ai quitté ton pays un matin froid
En laissant la buée de mon nom sur ta bouche
Mais depuis je rougis quand un flocon me touche
Je claque des dents devant un feu de bois"

Nougaro, c'est toujours plus qu'une note ou un mot, c'est un écho qui ne finit pas de résonner ...

A écouter....




mercredi 5 octobre 2011

22-23 Octobre, Salon du Livre de Ste Maxime, Var (France)

Après le lac Léman, la Méditerranée...

Je me réjouis de participer à ce premier Salon du Livre, à Ste Maxime, en face de St Tropez, orchestré par une libraire passionnée et pleine d'initiatives inspirées, Adeline Courchet, qui officie d'habitude dans sa librairie-bar à vins, "Lire entre les vignes".

Une soixantaine d'auteurs, et des comédiens pour lire des extraits de livres...

Je suis en train de choisir quelques passages...

J'espère avoir le plaisir de revoir des amis et suis déjà heureuse à l'idée de faire de belles rencontres!

A bientôt... si vous ne venez pas, je vous raconterai...

Plus d'informations: http://www.ste-maxime.com/fr/sejour/article1490.html

lundi 22 août 2011

La vie en marge...


J’ai souvent dit que j’aimais les moments charnières où la vie bascule. Parce que je suis optimiste, j’envisage de belles surprises, des instants magiques où la grâce passe, le temps qui s’arrête au creux d’une épaule ou d’une après-midi… et puis si je joue avec les situations dans lesquelles se débattent mes personnages, c’est moi qui tire les ficelles. Je savoure certainement cette toute-puissance sur papier pour contrebalancer les aléas de la vraie vie, sur lesquels je ne peux pas grand-chose.

Long préambule pour dire qu’il y a quelques semaines la vie m’a prise à revers, l’inattendu pouvait tourner au drame, les secondes semblaient aussi longues que des minutes, rien n’allait plus… Heureusement plus de peur que de mal, et ce soir mon propos n’est pas d'entrer dans des sphères trop intimes mais plutôt de partager quelques réflexions suite à cette vie en marge que j’ai menée pendant presque un mois.

En effet nous faisons des projets, organisons vacances, travail, voyages, deux billets pour les Caraïbes; bonnes ou mauvaises, nos journées ont leur tracé, leurs marques, leurs garde-fous, nous roulons sur des rails, plus ou moins bien huilés.

Et puis un jour, arrêt sur image : il y a des trains à attraper en courant, des sacs à faire trop vite en oubliant la brosse à dents, des rendez-vous à décommander, des réunions à annuler, parce que tout ce qui constitue notre quotidien est supplanté par une urgence, par une nouvelle qui prend toute la place. Alors on perd ses repères, les choses que l’on croyait si importantes deviennent tout d’un coup insignifiantes, on revoit sa liste de priorités… On se retrouve à midi dans un endroit insoupçonné où l’on n'aurait jamais pensé mettre les pieds, on embarque dans des avions qui ne figuraient pas dans notre agenda… on parle à des inconnus, on s’agite, on essaye de trouver le sommeil dans des lits trop étroits qui ne sont pas les nôtres, on vit en marge de sa vie.

Je pense évidemment à ces hommes et femmes pour lesquels l'existence n’est qu’une longue épreuve en marge d'une société qu’ils regardent passer devant eux, assis sur leurs trottoirs, en essayant de survivre avec un horizon hors norme - mais là aussi un bout de carton sur une bouche de métro peut devenir un semblant d’habitude.

Entre ces deux extrêmes, ne vaudrait-il pas la peine de s’aménager des marges provoquées, désirées? Changer de programme, abandonner momentanément une tâche pour laquelle on s'imagine indispensable et monter dans un bus au hasard, aller jusqu’au terminus simplement pour se perdre dans le regard changeant des passagers qui défilent selon les arrêts et les quartiers, récolter des bribes d’autres vies, de rues entrevues ; suivre une impulsion, s'étonner, susciter l'insolite, mais sans le planifier, dans l’instant…

Ces moments nous apporteraient de l’oxygène, de l’air frais, la distance nécessaire pour considérer des points de vue différents ; ils bousculeraient notre train-train, remettraient certaines de nos idées en place, ouvriraient des perspectives intéressantes.

Qui sait? Si cela pouvait nous rapprocher, ne serait-ce qu'un tout petit peu, de ceux et celles qui n’ont pas d’autres choix que de vivre en marge d'un emploi du temps trop balisé!

mardi 19 juillet 2011

Rendez-vous de septembre.... A vos agendas!


Du 2 au 4 septembre, je serai à Morges, au bord du lac, sur les quais, entourée de livres... Les miens et ceux de nombreux auteurs, suisses, français, canadiens, anglo-saxons...

Douglas Kennedy y est attendu, Tatiana de Rosnay aussi.

Il y aura des conférences, des signatures, des tables rondes sur l'eau du Léman...

Jean d'Ormesson sera à l'honneur: j'espère croiser l'éclat de ses yeux lors du dîner entre auteurs et lui demander une dédicace sur mon exemplaire de " Voyez comme on danse" ...  Je penserai " au Ritz à cinq heures"....

Mes " Nouvelles de lui" attendront de nouveaux lecteurs.

Je n'ai pas hâte que l'été file trop vite, mais je suis d'ores et déjà heureuse de ce rendez-vous de Septembre: s'il est comme celui de l'année dernière, cela sera un instant de grâce, un moment magique, mots et émotions mêlés...

Vous viendrez, hein?

A bientôt, et d'ici-là, je vous souhaite un été radieux.


NB: Toutes les informations pratiques sur le site de la manifestation:

http://lelivresurlesquais.ch/

vendredi 15 juillet 2011

Parce que c'est l'été... une de mes nouvelles qui s'accorde au temps qu'il fait...

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Des nouvelles de lui


Marion s’étira : la chaleur était difficilement supportable sous les oliviers. Dans le salon, Sabah baillait dans son coin et recherchait la fraîcheur des tommettes.

Inutile d’essayer de faire des courants d’air, il n’y avait pas de vent, les rideaux blancs de la chambre restaient désespérément immobiles, rendant même l’idée d’une sieste épuisante.

Et puis la sieste estivale, c’est mieux à deux, se dit la jeune femme en regardant l’horloge du couloir : un peu moins de trois heures avant que Raphaël ne descende du train.

Après avoir bu deux menthes à l’eau glacée, elle s’assit à la table en pichpin qui lui servait de bureau et imita son chat en posant la plante des pieds bien à plat sur le sol.

Au milieu des crayons et des pinceaux, elle prit le magazine laissé ouvert à la page 20 : c’était comme chaque année, le jeu de l’été avec un voyage, quelques robes de stylistes et beaucoup de trousses de maquillage à la clé. Il y a bien longtemps, sa mère avait gagné un stylo en élucidant des énigmes, semaine après semaine, en vacances à Gérardmer.

Cette année, pas un jeu de détective, mais plutôt littéraire: «  Participez à notre concours,  Des nouvelles de lui : parlez-nous de votre mari, votre compagnon, votre amant, bref, de l’homme de votre vie ! Dites-nous s’il sent bon le sable chaud, faites-le devenir le héros de votre histoire… »

L’exercice pouvait être drôle. En tous cas une bonne raison d’écrire de nouveau, au lieu de remettre toujours à plus tard, de vacances en vacances. N’était-elle pas descendue un peu avant Raphaël pour justement libérer  son imagination et sa créativité ?

Et puis, avec cette chaleur, ça ou autre chose… Elle ouvrit son portable. Ne ferait-elle pas mieux de rédiger à la main d’abord?  Elle pianota un peu nerveusement sur le clavier l’ébauche d’une mise en page.

Faire le portrait de Raphaël… pas avec des couleurs mais avec des mots…

«  Il s’appelle Raphaël… » commença-t-elle, pour l’effacer tout aussitôt.

Comment parler de l’homme qu’on aime ? Elle leva la tête vers le jardin et se dit que ce qui était dommage avec un ordinateur, c’est qu’on n’avait plus de crayon à mordiller pour s’aider à trouver l’inspiration.

Elle pourrait décrire leur rencontre, assez rocambolesque.

« Il était une fois, un homme qui dînait avec ses amis et un garçon de café un peu distrait

Ils lui devaient leur rencontre, à ce Bruno qu’ils retournaient voir de temps en temps. S’il ne s’était pas trompé et ne l’avait pas amenée à la table de Raphaël au lieu de celle où son frère et ses cousins l’attendaient… il suffit parfois de pas grand-chose pour changer le cours d’une vie.

Mais beaucoup de lectrices allaient sûrement raconter leur rencontre avec un grand R, l’instant magique  «  nos regards se cherchèrent, se trouvèrent… », rien d’original et en plus, il faut être prudent pour éviter de tomber dans la mièvrerie et le cliché.

Pareil pour le premier baiser… Le leur, était encore bien clair dans sa mémoire pourtant : devant les bouteilles de champagne, dans un supermarché : il tenait dans sa main un brut rosé, et lui avait demandé ce qu’elle préférait.

-       On fête quoi ?
-       Çà !

Et il l’avait embrassée.

Je devrais retourner au supermarché avec lui,  à la rentrée,  et rejouer la scène. Elle était digne d’une de ces publicités que, petite, je collectionnais dans les journaux féminins, et qui clamaient qu’un diamant est éternel : on y voyait des couples, sous la pluie, sous les lampions du 14 juillet, dans un champ de blé, et l’heureuse élue expliquait dans un texte de quelques lignes comment il s’était déclaré. 

Sabah tremblait un peu en dormant, rêvait-elle au matou idéal?

Marion saisit un crayon et entreprit de croquer le visage de Raphaël : elle avait eu un premier prix de portrait après tout, et d’après Madame Heatherley, elle possédait un don certain pour saisir les ressemblances.

En quelques gestes apparurent les cheveux souples, les lèvres sensuelles. Le regard restait toujours la partie la plus délicate : comment en reproduire la brillance et l’intensité?

Et si elle le décrivait physiquement ?  Pas toutes les lectrices n’avaient la chance d’avoir un mari aussi séduisant que le sien ; en tous cas, ses étudiantes l’appelaient Beau Prof et quelques-unes devaient l’envier…

Non, il fallait marquer leur différence ; pourquoi ne pas raconter un de leurs voyages : le fou rire dans la chambre bleue de Kastellorizo, au panorama à couper le souffle, le voyage surprise à Londres pour l’emmener voir l’exposition Van Gogh qu’ils n’avaient finalement pas vue, l’aller-retour dans la journée à Lyon pour déjeuner dans un bouchon juste parce que le nom l’avait rendu curieux?  Ou  encore leurs soirées films de minuit quand il l’appelait Madame Cinéma?

La chaleur devenait de plus en plus pesante. Elle espérait que la climatisation du train fonctionnait correctement. C’est Marguerite Duras qui traduisait si bien l’accablement du soleil, la sensuelle torpeur qui saisit les corps ; elle chercherait Les petits chevaux de Tarquinia dans la bibliothèque de la mezzanine, ce soir, pour le relire…

Pour l’instant, elle devait s’appliquer et trouver un angle d’attaque pour cette nouvelle, mais toutes ses idées lui semblaient banales, fades. Quand on vit avec quelqu’un depuis plusieurs années, on ne voit évidemment plus la personne de la même manière, elle perd de son mystère, élément clé de séduction, même si en contrepartie, on est aussi la seule à connaître ce que personne d’autre ne soupçonne… Elle se souvenait que Joanne Woodward plaisantait en assurant qu’être la femme de Paul Newman, c’était aussi le voir fatigué, en caleçon et chaussettes.

Mais sait-on jamais vraiment qui est l’homme ou la femme que l’on aime ?

On accepte par amour de partager sa vie avec une autre personne, de lui consacrer son temps, ses nuits. On lui offre son corps, on fait le serment de renoncer à tous les autres baisers, toutes les autres caresses, d’ignorer ceux ou celles qui pourraient nous aimer différemment ou mieux…  Mais les pensées, les sensations, elles, elles s’échappent comme des électrons libres, l’autre ne peut les retenir, parfois les deviner, mais jusqu’à quel point ? Raphaël était lisse, mais n’avait-il pas de failles, de faiblesses  pour venir altérer son image irréprochable? Il se réveillait très lentement, ne savait pas lire les cartes routières et cherchait encore son chemin dans certains arrondissements de Paris, mais cela rajoutait seulement à son charme. Pour le reste…

Marion énuméra mentalement ce qu’elle préférait chez lui, elle n’avait que l’embarras du choix.

Que dire de sa générosité et son attention à l’autre ! Il était le premier à aider, consoler, intervenir pour ses amis comme pour un inconnu. Il ne supportait pas l’injustice, la bêtise humaine, l’incompréhension.

Même pour des détails, il n’oubliait rien: un jour il était arrivé chez eux avec un grand sac : c’était le manteau rouge, qu’elle avait admiré avec lui quelques jours auparavant.

C’était peut-être ennuyeux de décrire un homme aussi parfait, on croirait qu’elle déformait la vérité, qu’elle inventait…

Justement, elle pourrait créer un personnage, mais pas un mari alors, plutôt un amant, qui la retrouverait à chacun de ses voyages à Paris ; il serait empressé comme ceux qui ne font que passer, elle le rejoindrait dans une suite avec  vue sur les Invalides, chaque fois plus amoureuse et désespérée quand elle le regarderait partir vers son autre vie.  Elle n’aurait pas le courage de rompre et se mettrait à souffrir. Elle continuerait à faire une croix dans son agenda pour engranger chacun de ses appels, et à attendre ses messages de Singapour ou de Chicago en se demandant si d’autres jeunes femmes l’espéraient comme elle.

Marion commençait à s’amuser avec cet homme; il fallait sans attendre lui trouver un prénom…

Sabah se frottait contre ses jambes nues en la chatouillant, sans aucune énergie pour chasser les mouches qui semblaient la narguer.

Saul, il serait Brésilien, sombre et élégant avocat international…

Ou encore, Thor, publicitaire talentueux, né dans les fjords et vivant à New York.  

Elle se resservit de l’eau, rajouta trois glaçons, et songea qu’il fallait se dépêcher, il arriverait bientôt. Pas son amant, son mari !

Elle passa le verre glacé contre ses joues brûlantes.

En deux, trois coups de crayon, elle esquissa un visage à la mâchoire carrée, des yeux pâles, des cheveux très courts -  le contraire de Raphaël en somme.

Elle sourit à l’idée de ce qu’en conclurait un psy.

« Je n’arrive pas à m’habituer à tes départs qui me laissent un frisson dans le cœur et l’odeur de ton after-shave dans les cheveux ! Ces jours-là, je déteste les téléphones qui réveillent, les taxis et les avions qui t’emportent ; je rêve de grèves illimitées, de tempêtes de neige, de frontières barrées… »

Après quelques retours en arrière pour modifier la place d’un mot, ou remplacer un adjectif par un autre, elle poursuivit le portrait de cet amant insaisissable. Concentrée sur son clavier, les idées affluaient, son esprit était plus agile que ses doigts, elle faisait des fautes de frappe, mais peu importait, elle avançait : elle retrouvait la griserie de se laisser porter par les phrases, entraîner par les mots, jusqu’au point ou l’on se demande qui mène véritablement la danse, qui guide qui ?

«  Quand tu pars, je reste avec mes doutes, mes peurs : je me demande si ces choses-là existent, ce couple étrange que nous formons, cette fusion au milieu d’un concert ou d’une rue… »

Elle ressentait une véritable griserie, elle en oubliait la chaleur, les mouches et les miaulements de Sabah qui tournait autour de son bol vide.

Elle s’en voulait de ne pas avoir eu le courage de replonger plus tôt dans ce plaisir si particulier : inventer des destins, décider de la vie d’hommes et de femmes que l’on aime, déteste, manipule, cajole, au gré de ses humeurs et de ses histoires.

Le salon était devenu très sombre tout à coup. L’horloge sonna l’heure d’entrée en gare du train de Raphaël. Elle sursauta, comme prise en faute, sous les draps, avec son amant imaginaire.

Le ciel avait viré au gris acier. Il allait faire un orage.

(Extrait " Des nouvelles de lui", Editions Géhess, 2010) 
***

samedi 25 juin 2011

Des nouvelles de ... moi!

Le titre pourrait paraître assez égocentrique, mais bon, je ne fais que répondre à la question de plusieurs ami(e)s, lecteurs, lectrices, qui se sont un peu étonnés de mes silences ces dernières semaines. Alors voilà...

Oui, je vais bien, merci! J'ai retrouvé Londres pendant plus d'un mois. Après tout, il n'y a pas qu'à Paris que les marronniers fleurissent en Avril. Le temps était anormalement chaud, les jardins et squares sentaient bon le lilas, et l'amour - royal- était dans l'air et s'étalait sur des tasses et des fanions.

J'ai aussi applaudi deux amies chères: Patricia, sur scène, à Paris (La Banalité du Mal) et Yvette, à Genève, à l'occasion de la sortie de son dernier livre (Juste avant la pluie)  - elle a 91 ans dans son corps, et 50 ans de moins dans sa tête! Et j'ai essayé de passer un peu, trop peu, de temps avec d'autres amies que j'aime, comme ma Bleue.

J'ai également beaucoup pensé à la notion de bonheur, avec ou sans majuscule, mais de préférence au pluriel.

C'était facile en voyant les sourires éclatants de Kate et de William...  et ceux des Britanniques et autres touristes qui se pressaient le long du Mall après avoir patienté pendant des heures pour apercevoir un pan de la robe de la mariée, un salut princier, la dorure d'un carrosse. Sans oublier les innombrables fêtes dans les villes et les villages, de l’Écosse au Pays de Galles... Pour une fois, les médias du monde entier passaient en boucle un baiser sur le balcon de Buckingham et non des fusillades, des explosions, des visages tourmentés... Bien sûr, les malheurs n'ont pas disparu par enchantement ce jour-là, mais comme le soulignait un historien à la BBC,  même si les Britanniques n'étaient pas dupes, ils se réjouissaient d'une trêve à leurs soucis quotidiens. Ils se sentaient unis et fiers, c'est aussi cela l'identité nationale. Et quoi qu'en pensent certains détracteurs étrangers cyniques, je trouve que l'amour vaut bien un ballon rond, autour duquel se dressent les drapeaux les soirs de match, dans les stades républicains...


D'ailleurs l'amour fleurit autour de moi en ce moment, on me raconte, j'observe, je me réjouis... Cela permet de se souvenir que le bonheur devrait être la norme et ne pas laisser les esprits chagrins et négatifs scander le contraire, en répétant d'un air prémonitoire " Profitez-bien, pendant que ça dure" alors que presque personne ne nous rassure qu'après la pluie revient le beau temps quand on traverse une mauvaise passe.

Qui a dit que c'est lorsque tout va bien, que l'on compte ses vrais amis?

PS 1: A Brompton Square, les fenêtres en vis-à-vis, de l'autre côté des arbres, sont celles où a habité Stéphane Mallarmé.... de quoi rêver au regard qu'il devait promener sur ces tilleuls.

PS 2: La suite de l'abécédaire est pour bientôt, promis...N...

jeudi 24 mars 2011

Débat littéraire, 25 mars 2011, Nyon, Suisse

L’auteur Tomaso Solari et moi-même serons les invités de l’association littéraire, la Page Cornée, demain soir: nous parlerons de nos livres, de l’amour, des hasards de la vie ainsi que de l’écriture, en compagnie du journaliste, Daniel Bujard.

A 20h30, Salle du Prieuré, Place du Temple, Nyon, Suisse.
Plus d'informations sur le lien: 


http://www.payot.ch/fr/nosLibrairies/nosEvenements?payotAction=27&showEvent=00921

lundi 7 mars 2011

Envie de partager... de vous à moi ...

Je viens de recevoir ce commentaire d'une lectrice, après sa lecture de " De vous à moi"... Je suis évidemment très touchée par ses propos, mais surtout, je voudrais les partager car ils résument parfaitement l'essentiel du livre et les émotions que j'ai essayé de traduire entre Fanny et Adrien... Je suis toujours très reconnaissante aux lecteurs qui prennent le temps de m'écrire! 
“Ce  roman, sous forme épistolaire (elle donne chair aux personnages) , m'a offert quelques heures de belle lecture. Le style  est en effet impeccable et cela devient rare pour être salué. On se laisse prendre peu à peu par cet échange épistolaire entre  une jeune femme délaissée, passionnée de musique et de tango, et un vieil ami retrouvé.  Elle, initiatrice des missives,  romantique et cultivée, exerce entre Paris et Londres, le beau métier de traductrice. Lui, veuf et amoureux de la nature, cultive en Bretagne ses fleurs et son jardin. Entre les deux protagonistes, le plaisir de l'échange est quasi immédiat. Confidences. Complicité.  Omniprésence du désir, comme un parfum de plus en plus prégnant. Et quête des mots. Des mots justes. Pour la jeune femme, tout est ici contenu : l' impératif professionnel et l' éthique. La sincérité conduit le bal et construit l'intensité dramatique. Ainsi seront traversées par  la lumière d'anciennes zones d'ombres, et réhabilitée la mémoire assombrie par les non-dits. Au fil des  pages, découverte de l'Autre à travers des couleurs et une petite musique   tout en charme et en intelligence. ", Dominique P., France 

lundi 14 février 2011

M comme ... Matthews Onzy

Une de ses plus célèbres compositions s'appelle "Blues with a touch of elegance"; cela le décrit très bien: grand, mince, la voix basse, un regard curieux, un sourire un rien ironique ou charmeur et toujours élégant, en smoking comme en jeans.

Onzy Matthews est né au Texas - il n'aimait pas dire l'année exacte, peut-être pour ne pas voir le temps passer- puis a suivi sa mère à Los Angeles. Il a commencé à apprendre le piano tout seul, pour s'accompagner en chantant. Très vite, il a fait des arrangements. Beaucoup. Un jour, il appela Dexter Gordon parce qu'il voulait monter un orchestre: Gordon invita les meilleurs musiciens d'Hollywood pour tester le jeune homme: devant leur enthousiasme, cela se transforma en sessions hebdomadaires qui durèrent plusieurs mois!  Il partit ensuite à New York, collabora pendant des années avec le Big Band de Duke Ellington qui lui demanda d'arranger certains de ses morceaux. Il remplaça même le Duke au piano pendant une tournée à travers les États-Unis. Il travailla avec Ray Charles, Lou Rawls, Quincy Jones. Avec Miles Davis, dans le film Dingo, musique de Miles Davis et Michel Legrand. Il enregistra des albums chez Capitol Records, ses compositions et aussi des arrangements magnifiques, Moon River, Flamingo et tant d'autres standards!

Et puis Onzy est arrivé à Paris; il rêvait de reformer un Big Band - il était M. Big Band par excellence; les trios, les solos ne l'intéressaient pas vraiment, c'était le choc des cuivres, l'harmonie des instruments, leur alchimie qui le faisaient vibrer. Il a joué dans le club de jazz du Méridien Etoile, dans des restaurants, au Bœuf sur le Toit, mais il souffrait d'improviser génialement sur Satin Doll dans le brouhaha des conversations et des bruits de vaisselle... tout en continuant à composer des partitions sur tout ce qui lui tombait sous la main.

Je le sais. Je l'ai vu. Il me l'a dit. Si je lui rends hommage aujourd'hui, c'est aussi parce qu' Onzy était mon ami. Al Grey, autre grand musicien, me l'avait présenté. L'étudiante que j'étais alors ne réalisait pas vraiment l'artiste qui se trouvait en face d'elle. Il m'emmenait manger du soul food à 3 heures du matin dans des petits restaurants de Paris avec Memphis Slim, le roi du blues, et d'autres magiciens de la trompette ou du saxo; dans ma cuisine, il préparait des côtelettes de porc avec de la confiture d'abricot selon une recette de sa mère. Il me conseillait d'arrêter mes études et de devenir son agent: je l'aidais à négocier un contrat pour la Grande Parade du jazz de Nice; je l'accompagnais à la SACEM... Nous parlions beaucoup et je lui montrais Paris. Je lui ai même présenté mon père.

La vie, le temps, les études, nous ont éloignés, sans raison, comme c'est souvent le cas.

Onzy Matthews a remonté un Big Band en Europe qui a, entre autre, été à l'affiche du Festival de Jazz de Ramatuelle.

Il est retourné beaucoup plus tard au Texas avec la volonté, encore et toujours, d'une nouvelle aventure musicale, lui à qui on avait reproché, au début de sa carrière, d'avoir trop de musiciens noirs dans son orchestre. Un couple d'amis l'a retrouvé mort, chez lui, près de son piano, une composition inachevée à ses côtés. Un grand monsieur du jazz, malade et seul, des partitions plein les placards!.

Son nom devrait être prononcé plus souvent, ses arrangements écoutés en boucle: il n'a pas voulu faire de concessions, ne jamais renoncer à ses idéaux, peut-être au prix d'une notoriété plus mercantile.

J'aurais voulu l'applaudir à Ramatuelle, cela tient une place importante sur la liste de mes regrets...

Un jour, il m'a tendu une feuille avec des notes, des paroles: il m'avait écrit une chanson... il me l'avait même fredonnée dans un des restaurants dans lequel il jouait devant une audience ignorante de l'honneur qu'il lui faisait!

Je suis toujours à la recherche de ce morceau de papier...

NB: Je vous invite sans plus attendre à écouter sur Youtube, une de ses compositions: Mesdames et Messieurs, voici Mister Onzy Matthews et son orchestre,  Blues Non-Stop....





lundi 7 février 2011

L comme... Lins Ivan

Avec cette lettre, le choix était presque cornélien: Claude Lelouch, Michel Legrand, Francis Lai... et puis Ivan Lins s'est imposé. Je reste dans la musique et je désire tirer un grand coup de chapeau à ce Brésilien de génie, compositeur, chanteur, pianiste, que l'on connaît parfois à travers ses mélodies, sans savoir vraiment son nom, bien qu'il soit couvert de récompenses internationales.

Ivan (prononcez "Ivon") se cache en effet souvent derrière les interprètes de ses chansons, et pas des moindres: Sting (She walks this earth), George Benson, Quincy Jones, Toots Thielemans, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Elis Regina et bien d'autres. Il est le musicien étranger le plus interprété aux États-Unis après son compatriote, Antonio Carlos Jobim. Il a d'ailleurs vécu près de Boston pendant que son père terminait ses études au prestigieux MIT avant de retourner à son Rio natal.

Heureusement que la musique l'a conquis "sur le tard", dit-il en s'excusant presque de n'avoir commencé à apprendre le piano qu'à l'âge de 18 ans...  tout en se préparant à une carrière sportive! A écouter l'harmonie de ses créations, la virtuosité de ses arrangements, la sensibilité de sa voix, on a des frissons en pensant que nous aurions pu ne jamais les entendre!

Il séduit les amateurs de pop comme ceux de jazz, mais c'est quand même ce dernier qui le motive: j'aime la définition qu'il en donne: " Le jazz est une attitude; c'est un mélange d'âme (soul) et de liberté".

Sa musique fait incontestablement partie de la Musique Populaire Brésilienne tout en se démarquant de celles d'un Jobim, Baden Powell ou Milton Nascimento.

Le seul problème avec Monsieur Lins, c'est qu'il est rare en Europe: il y a trop longtemps qu'il n'est pas venu à Montreux, et il ne semble pas avoir assez d'heures dans la semaine pour réaliser tous ses projets. Il a raison, la vie n'attend pas, il le sait: Miles Davis tomba totalement sous le charme de sa musique; on la lui fit écouter, il voulut immédiatement parler à Ivan, décida d'enregistrer vingt-huit titres (oui, 28)... et mourut trois mois après, sans avoir pu mener à bien ces sessions qui seraient sûrement devenues des morceaux d'anthologie...

J'essaie de choisir un titre, un lien, pour partager mon enthousiasme... Il y a l'entraînant Dinorah, Dinorah, plein d'énergie et de rythme, qui donne envie d'entonner le refrain en chœur ou encore son premier succès, Madalena  mais aussi Rio de Maio, qui incite à une promenade sur le sable d'Ipanema dans la légèreté d'une brise du soir... J'hésite encore... Lembra de Mim débute par la voix inimitable de Lins qui fredonne, accompagné par la sobriété du violoncelle... Mais bon, je ne résiste pas à sa chanson la plus célèbre, Começar de Novo, (The Island) dont les paroles anglaises sont encore plus sensuelles que celles de la version originale, même si la beauté de la langue fait oublier la force du propos. La mélodie, elle, reste d'une indicible douceur....

Pas étonnant d'entendre Ivan Lins déclarer dans les interviews que si sa musique est ce qu'elle est, c'est parce qu'il est un vrai romantique...

En voici la preuve:

jeudi 3 février 2011

K comme... Keaton Diane

J'aurais pu choisir une des nombreuses photos sur lesquelles, elle éclate de rire ou sourit largement à l'objectif...

Je l'aime d'ailleurs beaucoup pour ce sourire, les actrices en usent certes souvent, à plus ou moins bon escient, mais elle, elle rit à gorge déployée, et sans la connaître personnellement,  on se dit qu'elle doit aussi être comme cela avec ses proches...

Pourtant, j'ai choisi cette photo, plutôt sérieuse, presque studieuse, lèvres serrées, petites lunettes, cheveux sagement rangés sous un chapeau, tons de noir et de gris, un rien masculin... parce que Diane Keaton, c'est aussi la réflexion qui se cache derrière une certaine légèreté.

Je ne sais pas si ce sont ses lunettes, sa façon de parler, même lorsqu'elle confectionne des gâteaux de mariage, elle a encore l'air d'une intellectuelle! Et en mère soucieuse d'aider sa fille à trouver le bonheur, dans Because I said so, elle est très convaincante, comme toujours! (Mes filles nous trouvaient même des ressemblances dans notre "exubérance maternelle"!)

Féministe, indépendante, fantaisiste - au moins  dans ses tenues vestimentaires-, elle voulait avant tout devenir chanteuse et a même joué dans Hair sur une scène de Broadway. Elle se dit peu sûre d'elle, même aujourd'hui...et le cache probablement derrière l'éclat de son sourire...

Pourtant ses succès cinématographiques ne se comptent plus depuis son Oscar, en 1977 avec Annie Hall : amusant lorsque l'on sait que Hall est son vrai patronyme. Woody Allen lui a donné quelques-uns de ses plus beaux rôles (Manhattan Murder Mystery, un de mes préférés). Woody Allen, avec qui elle a vécu une belle histoire... elle qui ne s'est jamais mariée, pour, déclare-t-elle, garder sa liberté, ne pas trop faire de compromis, mais aussi parce qu'elle avait toujours un peu peur des hommes, qu'elle pensait ne pas leur plaire... Quand on se rappelle qu'elle a été la compagne d'Al Pacino et de Warren Beatty, on imagine que beaucoup de femmes lui envieraient son manque d'assurance!

Souvenez-vous, dans Baby boom,  quand le séduisant Sam Shepard veut l'embrasser, et qu'elle lui avoue, le dos appuyé au réfrigérateur grand ouvert, qu'effectivement, tous les hommes la rendent nerveuse, sauf lui..."

Quand la fiction rejoint la réalité...

vendredi 28 janvier 2011

Impressions nippones...

Cinq jours et quatre nuits au pays du Soleil Levant... Trop court pour revenir avec des certitudes, mais assez pour retenir des impressions, capturer une atmosphère, expérimenter des saveurs.

Les premières fois dans des pays ou des villes sont toujours pour moi des séries d'instantanés, d'instants pris sur le vif, volés par l'œil ou l'objectif. Quand le temps est compté, j'ai moins envie d'aller m'enfermer dans un musée pour admirer des épées de samouraïs - que je pourrais retrouver dans une exposition à Paris ou à Londres-  que d'observer de jeunes écolières, jupes courtes et chaussettes au genou,  rire en se racontant des histoires dans le métro entre Ginza et Kyobashi.

Dans les rues de Tokyo, relativement moins de monde que ce que j'imaginais, sachant que 35 millions de la population habitent cette mégapole, d'où un mélange déroutant de buildings aériens juxtaposés à des maisons plus basses, plus traditionnelles, un enchevêtrement de dédales, et au milieu, quelques tombes, serrées entre des habitations, de-ci, de-là, morts et vivants se partageant l'espace.

Je m'aperçois qu'en me concentrant,  trop d'impressions affluent, je ne sais pas vraiment par laquelle commencer, dans quel ordre les ranger ou s'il vaut mieux les livrer, pèle-mêle... oui, ne garder que l'empreinte d'un séjour au Japon tout en délicatesse...

C'est la surprise de voir surgir, au détour d'une courbe de l'élégant Shinkansen, lancé à quelques 300 km/heure,  le mythique Fuji Yama: on l'a vu tant et tant de fois, estampes, guides de voyages, reportages... et là, il est en face de soi, avec sa symétrie, sa neige, ses légendes... on hésite un peu entre le regarder ou prendre des photos, et déjà, il s'éloigne pour laisser la place à des cultures de thé.

C'est l'émotion de monter dans un train dont la destination finale est... Hiroshima! On pense à la bombe, bien sûr, mais aussi à Emmanuelle Riva et à son amour, le beau Eiji Okada. A Marguerite Duras, encore.

Et à Amélie Nothomb, le lundi matin, gare de Tokyo, dans le flot continu d'hommes et de femmes au pas régulier en marche vers leurs bureaux...

Les cerisiers ne sont pas en fleurs, à Kyoto, mais qu'importe... les temples sont beaux dans l'air pur et froid de cet après-midi d'hiver, et dans un bassin, des poissons rouges et blancs semblent suivre une chorégraphie immuable dans le jardin d'une délicieuse maison de thé. Dans le soir qui tombe, les lanternes rouges du quartier des geishas se balancent doucement dans le vent qui se lève.

J'aurais voulu voir le marché de poissons de Tokyo, le plus grand du monde, traîner un peu plus longtemps dans les restaurants du quartier de Roppongi, suivre les achats de deux élégantes en kimono dans le grand magasin Mitsukoshi, mélange du Bon Marché parisien et du Bon Génie genevois... et ramener dans mes bagages davantage de boîtes de "mochis", ces douceurs que j'aime particulièrement...

Autant de raisons, parmi tant d'autres, pour revenir, lors d'un prochain voyage, récolter encore plus d'impressions nippones!