lundi 11 octobre 2010

J comme... Jarreau Al

(Photo exclusive Jean-Marie Juan, tous droits réservés)
Il porte plus souvent un béret qu'une veste de smoking... Sa séduction ne se compare pas à celle d'un crooner, d'un Johnny Mathis, d'un Tony Bennett...

Al Jarreau est unique: pas seulement parce qu'il est le seul chanteur qui mêle avec autant de bonheur le jazz, la soul, la pop et le R&B et qui a reçu sept Grammy Awards et nombre de récompenses dans ces trois catégories au cours des quarante dernières années...

Sa voix est son instrument, dont il joue avec virtuosité tandis que ses mains  promènent des accords subtils sur des claviers et des cordes imaginaires; c'est le roi du scat, ces onomatopées qui se substituent aussi bien aux notes qu'aux mots et qui nous laissent toujours un peu en suspens.

Tout le monde croit le connaître et pourtant l'on ne sait rien de lui... il faut bien chercher pour apprendre qu'il est le fils d'un pasteur et d'une pianiste, qu'il s'est marié deux fois. Où passe-t-il ses vacances? Comment s'appellent ses petits-enfants? On a du mal à l'imaginer grand-père tant les années  semblent avoir peu de prise sur lui, sur son visage heureux, sensible, tourmenté, inspiré, comme habité par la musique.

Al Jarreau est lumineux.

Quand j'écoute Mornin', je me revois sur une autoroute entre Philadelphie et Washington, vitres fumées, air conditionné et cette mélodie qui file à vive allure comme la voiture, avec le soleil qui se lève derrière quelques buildings de verre...

Cet été, à Marseille, le moment était magique et précieux - à plus d'un titre: d'abord le voir, pas seulement l'entendre, mais se dire, c'est lui, il est là, on pourrait le toucher: ce soir, pour quelques heures, nous respirons le même air doux de la pinède du  Palais Longchamp - c'est ce sentiment étrange de faire partie, une fraction de seconde, de la vie d'une idole, d'une icône, dans ce cas-là de Monsieur Al Jarreau!

Ensuite, il y a eu quelques mesures et je n'en ai pas cru mes oreilles: de toutes les chansons de son répertoire, il chantait l'une de mes préférées, en anglais et en français, une que j'écoute régulièrement en boucle (et je sais que je ne suis pas la seule, un de mes chers amis  le fait aussi...) dans laquelle il déclare connaître Milwaukee (et pour cause, il y est né ) et où il a cette jolie phrase: I'll go to Jupiter to be with her... c'est la chanson Says (*), pas la plus connue, pas dans l'album qui a eu le plus de succès, mais une chanson tonique, une chanson "bonne humeur", une chanson sur laquelle je laisse mon imagination faire ses propres clips...

She says it's me
I like it,
She says it's we
I like it
She says that we
Should try it
More us more we
I buy it


... et cet homme et cette femme marchent l'un vers l'autre, dans une foule, à Rio, à Paris, à Monte Carlo, ils se rapprochent, se cherchent, plan séquence, arrêt sur image, fondu enchaîné...

Elle dit c'est moi
C'est super
Je dis c'est toi
C'est super
Pour nous
ça va
C'est super

Ça va de soi
C'est super


Les Marseillais étaient ravis, Al Jarreau qui chantait en français, on chantait avec lui, je chantais avec lui, à quelques mètres de lui...

Et puis, et puis, la grâce est passée... le concert se termine déjà, c'est un peu triste comme les fins de fêtes, on a envie d'arrêter la nuit, de suspendre le temps, c'est trop court, on ne peut se résigner... les musiciens quittent la scène, Al Jarreau les suit... on a mal aux mains à force d'applaudir, on veut les faire revenir, les spectateurs se transforment en petits enfants qui croient encore qu'en tapant des mains, parfois des pieds, on peut provoquer des miracles...

Ce soir-là, le miracle s'est produit au Palais Longchamp, à Marseille: Al Jarreau est réapparu sur scène accompagné d'un homme à lunettes, aux cheveux grisonnants, un homme au sourire un peu timide: Al a dit, voici mon ami, Armando... il l'a dit avec un tremblement d'émotion et de plaisir dans la voix... Le sourire d'Armando s'est élargi un peu, il s'est assis au piano... et a commencé à jouer, une envolée de notes, d'une légèreté cristalline, l'air de ne pas y toucher, et Al s'est mis à scatter, à chanter, en regardant son ami... Le bonheur à l'état pur, les groupes, les familles avec bébés, les gens couchés dans l'herbe, les couples sur les transats, tous ont retenu leur souffle: les photographes ont flashé, quelque chose se passait: Al Jarreau chantait accompagné au piano par ...  Armando Anthony Corea, Chick Corea... deux géants à donner des frissons... deux complices, deux musiciens tout à la joie de jouer ensemble, qui pendant une vingtaine de minutes, ont "oublié" la foule, pour leur plaisir et pour le nôtre! Plus tard, backstage, ils parlaient encore d'accords et de nuances...

Al Jarreau, une espèce d'ange chantant, de magicien, de funambule musical...

Quelques jours plus tard, surmenage, altitude, retour à Marseille, et après l'inquiétude, le show goes on...

Take care Mr Jarreau, we still want to boogie down with you!

(*) ... et ce lien, pour retrouver la magie de cette nuit estivale à Marseille, avec un extrait de Says:

AL JARREAU 2010 - FESTIVAL DE JAZZ DES 5... par azed13vip

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