samedi 27 juin 2009

Extrait - " De vous à moi" Géhess Ed. 2008, III



Concarneau, 12 septembre 2007

Chère amie,

Votre dynamisme me ravit! Je vous retrouve enfin, telle que vous méritez de l’être toujours, heureuse et optimiste ! J’ai regardé des photos de vous, rangées dans une chemise en carton vert glissée entre des livres de ma bibliothèque, des clichés pris lors de réunions chez vos parents, de dîners avenue de Villiers, de sorties à Porquerolles, vous riez aux éclats, vous grimacez face à l’objectif, vous dites quelque chose et je ne sais plus quoi, jusqu'à la photo de Bellagio, je vous retrouve, fidèle à vous-même, vraie, telle que l’on vous aime !

Vous voyez, même votre éditeur ne s’y est pas trompé, il sait vous observer, et je le comprends… à mon avis, il a souvent regretté de s’être arrêté à des esquisses de gestes et de déclarations. Il doit être timide, ou peut-être avait-il peur de tout gâcher entre vous à cause d’un mot de trop, il est parfois difficile de décider de prendre le risque de se découvrir.

Mais qui suis-je pour dire tout cela ? Je m’avance sur des chemins que je ne maîtrise pas du tout.

Laissez-moi plutôt vous raconter ma journée de dimanche. C’était mon anniversaire, vous ne pouviez pas vous souvenir de la date et à mon âge, pas vraiment de quoi se réjouir : cette année, exceptionnellement, mon fils Bernard devait passer, ce n’était pas arrivé depuis longtemps - en fait j’ai compris pourquoi quand il est arrivé seul, la tête basse : il divorce, après quinze années de vie tumultueuse avec Sandra – ils ont fait leur droit ensemble, deux enfants, mais ils ont fini par ne plus se voir, ne plus susciter l’attention de l’autre, il avait l’air faussement dégagé, mais je le connais bien : à force de vouloir passer pour celui qui contrôle tout, il a totalement perdu le sens des réalités.

J’aurais voulu le serrer contre moi, lui taper sur l’épaule, lui proposer une partie de pêche, mais il déteste la mer. En fait, je crois qu’il déteste tout ce que j’aime. J’ai perdu le mode d’emploi avec mon fils depuis si longtemps déjà ; il ne semble plus se souvenir que tout petit, il ne voulait pas me laisser de tout le week-end, il me suivait partout, s’accrochait à ma jambe, et chaque dimanche se terminait immanquablement par une épique bataille d’oreillers et de traversins jusqu’à ce que … mais je ne veux pas insister sur des sujets douloureux et qui ne doivent pas avoir grand intérêt pour vous !


Nous avons mangé une grillade et la tarte aux abricots que Bernard avait amenée en buvant une bonne bouteille de Cahors. On pouvait encore s’asseoir dans le jardin au milieu des delphiniums et des rosiers grimpants - il fait exceptionnellement beau pour la saison. Michelle, retenue sur un chantier de restauration, a téléphoné plus tard dans la soirée.

Finalement, cette journée aura été plutôt bonne, je ne vais pas me lamenter ! Mon fils a même accepté mon hospitalité au lieu de rouler tard dans la nuit. Il s’est endormi sur le canapé, dans le coin bibliothèque, envahi d’ouvrages
de toutes sortes et de ma collection d’arrosoirs. Je suis passé plusieurs fois le regarder à la dérobée avant de me résigner à me retirer dans ma chambre : quand l’avais-je vu ainsi pour la dernière fois ? On devrait profiter davantage de regarder ses enfants dormir, cela donne un profond sentiment de quiétude, malheureusement on le constate souvent trop tard, quand ils ne sont plus là ou quand ils ferment leur porte à clé…

C’est l’angoisse des « Trop tard » et des « Jamais plus » qui m’est bien familière !

Allez, je vous envoie mes affectueuses pensées, continuez à être heureuse, rappelez-vous Camus, il n’y a pas de honte à préférer le bonheur !

Bien à vous,
Adrien


PS : Votre anniversaire est bien le 16 décembre, n’est-ce pas ?

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