samedi 27 juin 2009

Extrait - " De vous à moi" Géhess Ed. 2008, II


Paris, 14 août 2007

Cher Adrien,

En relisant votre dernière lettre, je viens de réaliser que la pile de votre correspondance augmente régulièrement dans le tiroir du secrétaire. Conservez-vous aussi les miennes ? Au fait, vous ne m’avez toujours pas dit pourquoi vous n’aimiez pas les courriels et autres moyens de communication moderne- textos, etc… Avez-vous un téléphone portable, au moins ?

Simon m’a appelée pour bavarder un peu : il projette très sérieusement de s’installer dans la maison de Noémie, il m’a raconté les dernières facéties d’Amandine : je suis tellement heureuse pour lui ! Pour elles, aussi, car la vie ne leur a pas toujours été douce. Noémie est veuve : un soir, la gendarmerie l’a appelée, accident de la route, la voiture de son mari avait dérapé sur les feuilles mortes, elle devait aller reconnaître le corps, Amandine avait un an… Elles ont vécu dans leur bulle de souvenirs pendant plusieurs années, ce n’est que depuis peu qu’elles sourient de nouveau au soleil. Je sais que Simon sera de taille, à l’entendre me donner les détails de leur quotidien je réalise qu’il a trouvé son port d’ancrage - en tous cas, c’est tout ce que je leur souhaite ! Du bonheur et rien d’autre, comme disait Eluard.

Le bonheur, c’était hier soir, à la salle Gaveau : un concert de Richard Galliano. Les musiciens sont-ils conscients des tempêtes qu’ils déclenchent dans la tête et le cœur des spectateurs, quand ils viennent faire tressaillir notre âme de leurs arpèges ? Savent-ils la place qu’ils ont dans nos petits matins, nos nuits, nos chagrins et nos joies ? J’ai senti des larmes tièdes le long de mes joues, pendant le premier morceau, comme un apaisement, comme un mystérieux écho à ma musique intérieure. Les notes d’accordéon, de piano, de trompette, m’entraînaient dans des champs d’herbes folles, dans la brume des quais de Seine, dans des valses débridées et des sanglots aux rires mêlés. J’aurais voulu partager ces instants de magie pure avec vous.

J’ai encore pensé à vous cette après-midi : j’ai fait une grande promenade, après un gros orage ; en traversant le Pont Marie, le ciel ressemblait à votre Bretagne, quelques mouettes volaient au ras de l’eau, comme un appel du large, et le square de la place des Vosges sentait bon l’herbe mouillée, j’ai eu une envie de lande parfumée, de cidre, il faudrait que je vienne vous voir, si vous me le permettez…En attendant, je pars la semaine prochaine à Dublin pour quelques jours. Je vous enverrai une carte. Au fait, j’ai beaucoup aimé le tableau de Chaillé : vous avez su deviner mes préférences !

Affectueuses pensées,

Fanny
Qui est cette vieille amie avec laquelle vous avez mangé ?

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