samedi 27 juin 2009

Extrait - " De vous à moi" Géhess Ed. 2008, I


Londres, 15 juillet 2007

Bonjour Adrien,

Des touristes, il n’y a que de cela à Londres, ces jours-ci ! Cela me permet de réaliser au moins que la plupart des gens sont en vacances… Pour moi, cela ne change rien, je n’ai pas de grands projets pour cet été, ni pour après, d’ailleurs… pas de voyages, de promenades à deux, de plages sous les cocotiers à écouter du calypso en sirotant des cocktails trop sucrés.

J’en aurais peut-être besoin de ce sucre d’ailleurs, pour me débarrasser de cette amertume qui persiste…je suis au diapason de Tristeza separacion, impossible d’y trouver des notes joyeuses, même en cherchant bien !

Sarah est très gentille avec moi : elle n’a rien de ces auteurs à l’ego surdimensionné par le succès : elle m’ouvre son jardin d’Hampstead, à l’abri de la foule, elle se réjouit de ma présence à ses côtés dans les rendez-vous avec les journalistes à l’occasion du lancement d’une série de télévision tournée d’après l’un de ses livres que j’ai traduit - ma présence sert à attester de son succès outre-manche et à la promouvoir davantage parmi la communauté française de Londres.

Elle me présente ses connaissances et m’entraîne manger des fraises à la crème dans les garden parties que les Anglais organisent dès l’été venu, en ignorant la météo avec un superbe flegme.

J’y croise des hommes jeunes, aisés et souvent déjà un peu trop ronds, et des femmes, trentenaires, gagnantes dans leurs vies professionnelles et souvent seules quand elles rentrent chez elles, par choix, la plupart du temps : elles rêvent au Prince Charmant et quand il s’en trouve un sur leur chemin, elles passent parfois des mois à lui expliquer qu’elles veulent évidemment se sentir protégées par une épaule masculine, mais surtout pas étouffées, qu’elles n’ont donc pas envie de partager leur lit certains soirs, et naturellement qu’elles désirent continuer à partir avec leurs copines au ski ou sous les tropiques en février, entre filles, pour parler des hommes, pendant une semaine- mais ça elles ne leur disent pas !

Bref, au bout du compte, elles se retrouvent à monter des armoires d’Ikea sans plus personne pour leur prêter main forte, car le Prince Charmant a fini par partir, avec ses copains, pour tenter de comprendre le mode d’emploi du cerveau féminin. Je plains les hommes d’aujourd’hui qui ne savent plus s’ils doivent tenir la portière d’une voiture ou trouver belle la personne avec laquelle ils sortent : dans les deux cas, ils risquent d’avoir tout faux !

Moi je recherche la relation en continue, si l’on est bien avec quelqu’un, on ne devrait pas avoir besoin de récréation dans l’amour, certainement pas pour filer seule au bout du monde ! C’est peut-être la quadrature du cercle, mais j’y crois !



Lorsque l’on fait la bonne rencontre, cela devrait être une évidence, même si parfois il faut du temps pour que cette évidence devienne visible au principal
intéressé : un peu comme lorsqu’on trouve le bon morceau de ciel bleu dans un puzzle de plus de mille pièces. La vie réserve bien des surprises, je ne désespère pas, bien qu’il m’arrive d’avoir peur que l’homme de ma vie ait juste tourné à droite dans la rue devant moi et que nous venions de nous rater…

Au fait, avez-vous déjà observé les gens qui attendent devant les portes coulissantes des halls d’arrivées, dans les aéroports ? Je m’amuse souvent à deviner quelle sera la destinataire de la rose rouge que tient distraitement un grand brun à lunettes ; ou pour qui se réjouit la blonde un peu trop parfumée qui fait les cent pas en claquant ses talons aiguilles. La plupart du temps, je suis terriblement déçue : la jeune femme en jean et l’homme à la rose n’échangent qu’un baiser furtif sur les lèvres et se pressent vers la sortie sans même se tenir par la main et le monsieur au complet un peu trop serré a déjà son téléphone portable vissé à l’oreille quand son amie se jette à son cou. Où sont les baisers de cinéma ? Les étreintes passionnées dans des odeurs de kérosène et d’annonces d’avions retardés ? Il faut dire que de nos jours, même les voix d’aéroports ne sont plus guère inspirantes…

Alors, cyniques ou réalistes, ces amies de Sarah ? Elle, elle ne ressemble pas à ce schéma, elle vit des passions successives, mais c’est une bonne observatrice de ses contemporaines. Je la soupçonne de les fréquenter en pensant à ses prochains livres ! Comme elle dit avec justesse, de nos jours, tout est question de patience : avec le taux de divorces, si l’élu de son cœur n’est pas libre, il suffit de garder le contact régulièrement et d’attendre la nouvelle de sa séparation, statistiquement plus que probable!

J’aime assez ces plongées dans des univers que je ne connais pas : les gens ont tendance à ne jamais sortir de leur cercle de connaissances, cela les empêche d’avoir une vision plus large, ils ne parlent qu’avec des personnes qui ont leurs préoccupations, leurs problèmes, leurs avis, ils tournent en rond dans leur aquarium sans même se rendre compte que les solutions sont peut-être ailleurs. Quand j’invite des amis, je suis souvent leur seul point commun, au moins cela donne des échanges vrais, loin des stéréotypes.

Je rentre à Paris demain : Simon m’a prévenue de sa visite dans deux jours, il m’a dit avec un léger tremblement dans la voix qu’il vient me présenter la femme de sa vie ! Décidément je suis entourée de l’amour des autres… A suivre…

Amicalement,

Fanny

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